« Quand les promesses d’infrastructures publiques restent des promesses : vers une culture de la redevabilité en »

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Rédaction KUMBA

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Quand les promesses d’infrastructures publiques restent des promesses : vers une culture de la redevabilité en

Les gouvernements africains multiplient les annonces de projets pharaoniques – stades flambant neufs, stratégies nationales contre les inondations, campus universitaires ultra‑modernes – mais la réalité du terrain révèle un fossé grandissant entre parole et action. Cette dissonance alimente une crise de confiance qui menace le développement même des sociétés. Il est temps d’exiger une culture de la redevabilité et de la transparence, au‑delà du simple affichage de promesses.

Des projets annoncés, mais rarement livrés

En octobre 2026, le maire de Niassène (Mali) a posé la première pierre d’un stade municipal de 4 hectares, un geste symbolique destiné à répondre à l’absence d’infrastructures sportives locales. Pourtant, le texte officiel indique clairement qu’aucun budget ni calendrier précis n’ont été communiqués. L’absence de ces repères financiers et temporels laisse la population dans l’incertitude et ouvre la porte à d’éventuels retards ou à la réallocation des fonds.

Au Sénégal, le ministre de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Cheikh Tidiane Dièye, a annoncé, à la suite de fortes pluies, la mise en place d’une stratégie nationale intégrée de gestion des risques d’inondations. L’initiative paraît prometteuse, mais les contours de la stratégie restent encore à définir. Sans plan détaillé, ni budget alloué, ni échéancier, la promesse risque de rester au stade de la parole politique.

Dans le même pays, la commission d’enquête parlementaire a mis au jour des irrégularités majeures dans le programme « Sama PC », censé fournir un ordinateur à chaque étudiant. Les témoignages révèlent la signature forcée de bons de livraison pour des équipements qui n’ont jamais été reçus, ainsi qu’une absence totale de traçabilité administrative. Ces faits illustrent comment l’opacité peut masquer des détournements de fonds publics, sapant la confiance des citoyens dans les programmes d’État.

Quand la visibilité existe, la transparence manque

À Kinshasa (RDC), le président Félix Antoine Tshisekedi a inauguré trois bâtiments modernes à l’Université pédagogique nationale. Cette opération, présentée comme un signe fort de modernisation de l’enseignement supérieur, montre que des projets concrets peuvent être réalisés. Néanmoins, même dans ce cas, les critiques des étudiants – appel à un hôpital universitaire et à des transports adaptés – soulignent que la simple construction ne suffit pas si les besoins globaux restent ignorés.

Ces exemples illustrent une dynamique paradoxale : certaines initiatives sont effectivement matérialisées, mais la plupart restent à l’état de discours ou d’annonce inachevée. L’opacité sur les budgets, les délais et les procédures d’attribution crée un terrain fertile pour la corruption et l’inertie bureaucratique.

Le contre‑argument : des avancées réelles existent

Il serait injuste de nier que des gouvernements africains ont, ces dernières années, mobilisé des ressources importantes pour des projets d’infrastructure. Le stade de Niassène, même s’il n’est pas encore financé, représente une volonté politique de répondre aux besoins de la jeunesse. De même, la stratégie d’inondation annoncée à Dakar témoigne d’une prise de conscience des enjeux climatiques et d’une volonté de passer d’une réponse d’urgence à une planification à long terme. L’inauguration des bâtiments à Kinshasa montre que des investissements peuvent être menés à bien lorsqu’ils sont soutenus par une volonté politique forte.

Cependant, ces avancées restent l’exception plutôt que la règle. Elles ne compensent pas les nombreux cas où les projets restent fantômes, où les fonds sont détournés ou où les populations n’ont aucune visibilité sur l’avancement des travaux. Sans un cadre de suivi transparent, même les meilleures intentions peuvent se transformer en promesses vaines.

Vers une culture de la redevabilité

Pour restaurer la confiance, il faut instaurer trois piliers fondamentaux :

  1. Publication systématique des budgets et des calendriers : chaque projet doit être accompagné d’un tableau de suivi accessible au public, détaillant les montants alloués, les dépenses réalisées et les échéances prévues.
  2. Audits indépendants et périodiques : des organes de contrôle externes, dotés de moyens réels, doivent vérifier la conformité des procédures d’achat et la réception effective des biens et services.
  3. Participation citoyenne : les communautés locales doivent être consultées dès la phase de conception et informées régulièrement de l’avancement, afin de garantir que les infrastructures répondent réellement à leurs besoins.

Ces mesures, loin d’être des contraintes bureaucratiques, sont des leviers de performance. Elles permettent de détecter rapidement les dérives, de corriger les écarts et de rendre les responsables comptables devant leurs concitoyens.

Conclusion : de la parole à l’action mesurable

Les annonces de stades, de stratégies d’inondation ou de campus universitaires ne doivent pas rester de simples coups de projecteur politique. Elles doivent être accompagnées d’un dispositif de suivi transparent, d’audits rigoureux et d’une implication réelle des populations. Sans ces garanties, la confiance dans l’État s’érode, les fonds publics se dilapident et le développement reste un rêve lointain.

Il est donc impératif que les dirigeants africains adoptent la redevabilité comme norme, et non comme option. Ce n’est qu’alors que les promesses d’infrastructures publiques pourront réellement devenir des moteurs de progrès pour nos sociétés.

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