La commission d'enquête parlementaire sur le programme « Un étudiant, un ordinateur » a mis en lumière des pratiques administratives opaques et des soupçons de détournement. Les témoignages recueillis pointent vers la signature forcée de documents de réception pour des équipements informatiques qui n'auraient jamais été livrés.
Des bons de livraison sous pression
Lors des auditions, deux agents du programme « Sama PC », Mamadou Sow et Serigne Abo Wade, ont témoigné de pressions exercées par leur hiérarchie. En novembre 2024, ils ont été sollicités pour valider un bon de livraison portant sur 2 000 ordinateurs attribués à la société Oumou Group. Selon les déclarations, le document leur a été transmis sans date par le chauffeur de l'ancien responsable du programme, le Dr Aboubacry Niane. Malgré leurs réticences initiales, les agents affirment avoir reçu l'ordre direct de signer le document, une procédure qu'ils ont documentée par des enregistrements vidéo et audio pour se protéger.
L'absence de traçabilité administrative
Le témoignage de Ndèye Sine Diop, ancienne coordonnatrice de la Cellule de passation des marchés du ministère de l'Enseignement supérieur, vient fragiliser davantage la légitimité de cette opération. Elle a formellement déclaré n'avoir jamais eu connaissance de ce marché, confirmant qu'il ne figure dans aucun procès-verbal officiel. Cette absence de trace administrative, couplée aux affirmations des agents qui n'ont jamais réceptionné les machines, suggère une rupture totale avec les règles de gestion des deniers publics.
Un programme marqué par des défaillances répétées
Ces révélations s'inscrivent dans un contexte de crise pour le programme « Sama PC ». Dès l'ouverture des travaux de la commission, les députés avaient déjà identifié des irrégularités dans les procédures de passation de marchés. Par ailleurs, le dossier fait état de plus de 800 ordinateurs déjà payés et livrés, mais jugés défectueux. Ces éléments soulèvent des questions cruciales sur la gestion des ressources allouées à l'équipement numérique des étudiants. La commission parlementaire poursuit ses auditions pour établir les responsabilités individuelles et institutionnelles dans ce dossier qui touche directement à la politique publique d'éducation.