Ghana et Tunisie : défis et opportunités d’une transition énergétique souveraine

Ghana et Tunisie : défis et opportunités d’une transition énergétique souveraine

Analyse des enjeux énergétiques du Ghana et de la Tunisie, entre contraintes budgétaires, stress hydrique et potentiel de souveraineté économique.

Rédaction KUMBA 4 min de lecture

Le Ghana et la Tunisie illustrent deux réalités contrastées mais complémentaires de la transition énergétique en Afrique. L’un investit massivement dans l’éducation pour préparer une main‑d’œuvre capable de soutenir de nouveaux projets, tandis que l’autre lutte contre un stress hydrique qui menace la stabilité de son approvisionnement énergétique. Ces dynamiques offrent à la fois des obstacles et des leviers pour transformer la transition en un moteur de souveraineté économique.

Ghana : un budget public recentré sur l’éducation, mais un besoin croissant d’énergie fiable

Le gouvernement ghanéen vient d’allouer 300 millions de dollars à l’expansion du réseau scolaire, créant 71 000 places supplémentaires dans les lycées grâce à l’ouverture du secteur privé. Cette décision, annoncée par le ministre de l’Éducation Haruna Iddrisu, montre une volonté de répondre à la demande démographique et de renforcer le capital humain.

Or, la même dynamique démographique alimente une consommation énergétique en hausse. Sans un cadre de financement dédié, les projets d’énergie renouvelable restent exposés aux fluctuations monétaires, comme le souligne le cas sénégalais où le REEF a permis de structurer des financements en monnaie locale. Le Ghana, en l’absence d’un mécanisme similaire, risque de voir ses ambitions énergétiques freinées par la dépendance aux devises étrangères.

Deux contradictions apparaissent :

  • Priorité budgétaire : les fonds publics sont massivement dirigés vers l’éducation, laissant moins de marge de manœuvre pour les investissements verts.
  • Manque d’instruments financiers locaux : sans un fonds souverain ou un dispositif comparable au REEF sénégalais, les banques restent réticentes à financer des projets techniques et à long terme.

Pour transformer ces défis en opportunités, le Ghana pourrait s’inspirer du modèle sénégalais : créer un fonds dédié à la transition énergétique, libellé en cedi, afin de réduire le risque de change et d’attirer les capitaux privés. Un tel fonds pourrait également financer la formation technique liée aux énergies renouvelables, créant ainsi un cercle vertueux entre éducation et production d’énergie.

Tunisie : stress hydrique, manque de stratégie globale et impact sur l’énergie

La Tunisie fait face à une crise d’eau aiguë, aggravée par l’été caniculaire de 2026. Les ruptures d’approvisionnement en eau minérale et le stockage massif par les ménages témoignent d’une fragilité logistique. L’expert Faouzi Zayani pointe du doigt l’absence de vision à long terme et la fragmentation des réponses étatiques.

Cette pénurie d’eau a des répercussions directes sur le secteur énergétique : la production hydro‑électrique, déjà marginale, devient encore plus incertaine, tandis que les centrales thermiques voient leurs coûts d’exploitation grimper du fait de la hausse des prix de l’eau de refroidissement. En l’absence d’une stratégie intégrée, la Tunisie risque de dépendre davantage des importations d’énergie, accentuant la vulnérabilité aux devises étrangères.

Les opportunités résident dans la mise en place d’une politique de stockage stratégique pour les deux ressources, eau et énergie. Le syndicat des producteurs de boissons a déjà annoncé la constitution d’un stock de 200 millions de litres d’eau. Un dispositif similaire, dédié aux réserves d’énergie (batteries, gaz naturel liquéfié), pourrait stabiliser l’offre pendant les pics de demande estivale.

Par ailleurs, le développement de technologies solaires à haut rendement s’avère pertinent dans un climat ensoleillé. En capitalisant sur le potentiel solaire, la Tunisie pourrait réduire sa dépendance aux importations de combustibles fossiles et créer des emplois locaux dans l’assemblage et la maintenance d’équipements, à l’image de la filière solaire sénégalaise.

Vers une transition souveraine : pistes communes pour le Ghana et la Tunisie

Malgré des contextes différents, les deux pays partagent trois leviers clés pour transformer la transition énergétique en un facteur de souveraineté économique :

  1. Financement en monnaie locale : instaurer des fonds souverains ou des mécanismes similaires au REEF sénégalais afin de protéger les projets des aléas du change.
  2. Intégration de la formation technique : aligner les investissements éducatifs avec les besoins du secteur énergétique, en créant des programmes de formation aux énergies renouvelables et à la gestion des ressources hydriques.
  3. Développement de chaînes de valeur locales : encourager l’assemblage, la maintenance et la fabrication d’équipements solaires ou de stockage d’énergie, afin de générer des emplois et de réduire les importations.

En adoptant ces mesures, le Ghana pourrait sécuriser ses projets énergétiques tout en profitant de son investissement massif dans l’éducation. La Tunisie, quant à elle, gagnerait en résilience face aux chocs climatiques en couplant la gestion de l’eau à une stratégie énergétique solaire intégrée.

La transition énergétique ne sera pas un simple volet technique ; elle doit devenir un pilier de la souveraineté économique, capable de soutenir la croissance, de créer des emplois et de réduire la dépendance aux devises étrangères. Le Ghana et la Tunisie, en tirant les leçons de leurs défis actuels, ont l’opportunité de placer l’Afrique au cœur d’une nouvelle ère de développement durable et autonome.

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