L'industrie agroalimentaire française traverse une zone de turbulences marquée par un essoufflement de ses performances à l'export et une balance commerciale au plus bas depuis cinquante ans. Face à la montée en puissance de l'Italie et de l'Espagne, Jean-François Loiseau, président de l'Association nationale des industries alimentaires (Ania), appelle à une refonte profonde de la stratégie de filière pour éviter un déclassement durable sur le marché mondial.
Un déficit de compétitivité à l'international
Le constat est sans appel : alors que la France se revendique championne de la gastronomie, sa présence dans les grands rendez-vous mondiaux, comme le Salon International de l'Alimentation (Sial), reste insuffisante. Là où l'Italie et l'Espagne ont su structurer une offre nationale cohérente autour de produits du quotidien, la France souffre d'une organisation fragmentée. Cette dispersion, exacerbée par une multiplication des strates de gouvernance, empêche les entreprises françaises de peser autant que leurs voisins européens sur les marchés étrangers.
La pression des marges et le poids des charges
Le secteur est également fragilisé par un environnement intérieur complexe. Les industriels font face à une pression constante de la grande distribution, qui cherche à limiter la répercussion des hausses de coûts de production. Jean-François Loiseau souligne que l'inflation des matières premières, de l'énergie et des emballages, couplée à une fiscalité jugée trop lourde, menace la pérennité des entreprises. La récente taxe sur le sucre, perçue par la profession comme une mesure budgétaire plutôt que de santé publique, illustre ce climat de défiance entre les industriels et l'État.
Vers une diplomatie économique unifiée
Pour inverser la tendance, l'Ania préconise une approche plus offensive et coordonnée. L'enjeu est de transformer l'excellence française en une force de frappe commerciale capable de conquérir les marchés européens et les pays tiers. Cela passe par une diplomatie économique plus pragmatique, notamment vis-à-vis des États-Unis, et par une meilleure valorisation des produits de boulangerie et de viennoiserie, véritables ambassadeurs potentiels du savoir-faire français. L'objectif est clair : passer d'une logique de survie à une stratégie de conquête, en alignant les acteurs publics et privés derrière une marque France forte et lisible.