À Taïwan, l’IA fait flamber la Bourse… et les dettes des particuliers

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 37 lectures
À Taïwan, l’IA fait flamber la Bourse… et les dettes des particuliers

Une ruée vers les actions technologiques pousse des milliers de Taïwanais à s’endetter massivement, entre promesses de gains rapides et menaces de faillites personnelles.

Des prêts bancaires pour jouer à la hausse

Lucas Chen, employé dans l’immobilier, incarne cette frénésie : en six mois, il a quadruplé un investissement de 136 000 € en actions technologiques, financé par trois prêts bancaires totalisant 5 millions de dollars taïwanais (NT$). Sa stratégie ? Acheter massivement des titres de TSMC, dont la valorisation représente désormais près de 45 % de l’indice Taiex. "La génération de nos parents disait que s’endetter n’est pas une bonne chose, mais si on calcule bien, les risques sont maîtrisables", confie-t-il. Pourtant, derrière ces succès spectaculaires se cachent des drames : des investisseurs ruinés, des messages de désespoir sur les réseaux sociaux, et des pertes pouvant atteindre 50 % du capital initial en quelques semaines.

Le trading sur marge, accélérateur de la spéculation

Le phénomène ne se limite pas aux emprunts bancaires. Le trading sur marge – où les investisseurs utilisent des fonds empruntés à leur courtier pour acheter des actions – a bondi de 20 % au premier semestre 2024 par rapport à la période précédente. Norman Yin, professeur de finance à l’université nationale Chengchi, décrit une génération prête à tout : "Les jeunes achètent des actions comme des fous. Avec un salaire moyen de 1 090 € par mois, gagner l’équivalent en une journée est plus tentant que de travailler dans un bureau." Les banques, inondées de dépôts en raison de la stagnation du marché immobilier, facilitent ces prêts, malgré les alertes des régulateurs sur les risques de défaut.

TSMC, star incontestée d’un marché en surchauffe

Le géant des semi-conducteurs TSMC, dont les puces alimentent la révolution de l’IA, est au cœur de cette bulle. Fin 2025, ses actions pesaient déjà 45 % de l’indice taïwanais, et leur envolée a attiré des milliers de nouveaux investisseurs. Pourtant, la volatilité récente du marché – avec un recul de 16 % de l’indice Taiex entre juin et juillet – rappelle brutalement les limites de cette euphorie. Les plateformes boursières taïwanaises ont lancé des campagnes de sensibilisation sur les réseaux sociaux, tandis que des internautes avouent des crises d’angoisse, des hypothèques engagées, voire des tentatives de suicide après des pertes colossales.

L’ombre des escroqueries et des bulles spéculatives

Les réseaux sociaux taïwanais regorgent de témoignages de gains mirobolants, mais aussi de récits de victimes de fraudes ou de krachs soudains. Un anonyme raconte avoir hypothéqué sa maison pour investir 272 000 €, avant de perdre près de la moitié en un mois. "Depuis un mois, je me réveille en pleine nuit, paniqué. J’ai même consulté un psychiatre", écrit-il. Les autorités tentent de tempérer l’enthousiasme : la Commission de supervision financière assure que "le risque de crédit reste sous contrôle", mais les experts s’interrogent sur la durabilité d’un système où l’endettement massif devient la norme pour profiter de la manne technologique. Pour Jerry Lee, investisseur prudent, l’illusion est totale : "Sur les réseaux, tout le monde semble gagner de l’argent. Mais quand ça baisse, personne n’en parle."

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