Dans le quartier Kabada 2 à Kankan, une dizaine de femmes assurent la transformation artisanale de peaux de vache, un ingrédient prisé des ménages à faible revenu. Cette activité, bien qu'essentielle à l'économie locale et régionale, s'exerce dans des conditions de précarité extrême, marquées par une pénibilité physique intense et une absence d'infrastructures adaptées.
Un savoir-faire manuel face à la pénibilité
Le processus de transformation, qui s'étend sur plusieurs décennies pour certaines travailleuses, repose exclusivement sur un travail manuel exigeant. Les peaux sont successivement échaudées, grattées au couteau, puis cuites au feu de bois. Cette méthode artisanale, bien que garante d'un produit accessible sur les marchés locaux et exporté vers des pays voisins comme la Côte d'Ivoire et la Sierra Leone, expose les femmes à des risques sanitaires constants. L'exposition prolongée à la chaleur, aux fumées et aux odeurs fortes a déjà causé des problèmes de santé chroniques chez plusieurs d'entre elles.
Le poids des charges et l'absence d'équipements
L'activité est aujourd'hui fragilisée par la hausse du coût du bois de chauffe, ressource indispensable à la cuisson des peaux. En l'absence de mécanisation ou d'outils modernes, les travailleuses supportent seules la charge financière et physique de leur production. Malgré leurs efforts pour aménager elles-mêmes des espaces de travail plus hygiéniques, notamment par le coulage de dalles en ciment pour éviter le contact direct avec le sol, elles déplorent un manque criant d'accompagnement technique et logistique de la part des autorités communales.
Un appel pour une délocalisation et une modernisation
Au-delà des enjeux de santé, la localisation de ces ateliers au cœur du quartier Kabada 2 génère des tensions avec le voisinage, incommodé par les fumées et les odeurs persistantes. Les travailleuses, conscientes de ces nuisances, plaident pour une intervention publique visant à leur attribuer un site dédié, mieux équipé et plus adapté aux normes sanitaires. Pour ces femmes, qui font vivre plusieurs familles grâce à ce circuit commercial, l'enjeu est double : pérenniser une source de revenus vitale tout en accédant à des conditions de travail dignes, capables de réduire la pénibilité de leur quotidien.