« Zone de libre-échange africaine : la ZLECAf peut changer le continent, à condition qu’on la prenne au sérieux »

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Rédaction KUMBA

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Zone de libre-échange africaine : la ZLECAf peut changer le continent, à condition qu’on la prenne au sérieux
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) est entrée en vigueur en janvier 2021. Sur le papier, c’est l’accord commercial le plus ambitieux du monde depuis la création de l’OMC : 55 pays, 1,3 milliard de personnes, un marché potentiel de 3 400 milliards de dollars. Sur le terrain, la mise en œuvre reste fragile, irrégulière et menacée par des obstacles qui n’ont rien d’inévitables.

Pourquoi la ZLECAf est historique


Aujourd’hui, seulement 15 % du commerce africain se fait entre pays africains — contre 68 % en Europe et 59 % en Asie. Cette carence structurelle coûte des centaines de milliards à l’économie du continent chaque année. Des pays voisins comme le Kenya et la Tanzanie importent davantage depuis l’Europe que l’un de l’autre. Des produits agricoles ivoiriens font le tour du monde avant de revenir transformés en produits finis. La ZLECAf cherche à briser cette absurdité commerciale.

Les blocages concrets : frontières, monnaies, logistique


Mettre en œuvre la ZLECAf, c’est affronter des réalités brutales : des frontières qui restent difficiles à franchir pour les marchandises (délais douaniers interminables entre la Côte d’Ivoire et le Ghana, entre le Nigeria et le Cameroun), des devises nationales qui fragmentent les échanges (le continent utilise 42 monnaies différentes), et des infrastructures de transport insuffisantes. Le côté positif : des pays comme le Rwanda, le Ghana et la Côte d’Ivoire ont avancé concrètement dans la simplification des procédures douanières.

Le Nigeria : le manqué qui manque

L’absence de leadership du Nigeria est le plus grand frein à la ZLECAf. Première économie africaine, le Nigeria a signé l’accord tardivement, sous pression de ses industriels qui craignaient la concurrence. Sans Abuja pleinement engagé, le marché le plus peupleux et le plus riche d’Afrique reste semi-fermé. C’est une contradiction fondamentale que le continent doit résoudre.


La ZLECAf n’est pas un accord technocratique. C’est un projet de civilisation économique. Pour la première fois de son histoire, l’Afrique cherche à construire son propre marché intérieur plutôt que d’exporter ses ressources brutes vers l’extérieur. Le succès ou l’échec de cet accord dira beaucoup sur la capacité du continent à se gouverner lui-même.
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