L'effondrement d'une mine d'or artisanale à Zamboï, à la frontière entre la République centrafricaine et le Cameroun, a coûté la vie à au moins cent personnes. Cette tragédie remet en lumière les conditions de sécurité précaires de l'orpaillage clandestin et les difficultés de régulation étatique dans la région. Face à l'envolée des cours de l'or, les gouvernements locaux peinent à contrôler un secteur minier pourtant crucial pour leurs économies.
Les faits essentiels
Un glissement de terrain survenu dans la mine d'or artisanale de Zamboï, située dans l'ouest de la République centrafricaine à la frontière camerounaise, a causé la mort d'au moins 100 personnes. Suite à ce drame, le parquet de la ville centrafricaine de Baboua, située à une cinquantaine de kilomètres du site, a ouvert une enquête judiciaire. Selon Adamou Abdon, le maire de la commune camerounaise limitrophe de Garoua-Boulaï, de fortes pluies récentes ont fragilisé des sols déjà instables.
Ce drame s'inscrit dans une série d'accidents récurrents dans la région, à l'instar de l'effondrement survenu en juin dernier à Bé-Mbari qui avait fait plusieurs dizaines de morts. Bien que des avertissements concernant l'insécurité du site de Zamboï aient circulé sur les réseaux sociaux, et malgré la fermeture de plus de 200 sites clandestins par le ministère des Mines camerounais il y a trois mois, les activités d'orpaillage ont rapidement repris après le départ des autorités. Au Cameroun, plus de 200 sociétés minières exerceraient actuellement sans titre ni autorisation régulière.
Pourquoi c'est important
L'or joue un rôle prépondérant dans l'économie de la République centrafricaine, qui a exporté pour 313 millions de dollars de métal jaune l'année dernière. Cependant, la prolifération de l'exploitation illégale et hors de tout contrôle étatique prive les États de ressources fiscales majeures et expose les populations à des risques mortels. Au Cameroun, un écart important a été constaté entre les exportations d'or déclarées par les douanes locales et les importations enregistrées par les pays partenaires, notamment les Émira arabes unis, révélant des failles majeures dans la traçabilité des flux financiers.
La gouvernance du secteur est également complexifiée par la présence d'opérateurs étrangers, notamment russes, dans le secteur extractif centrafricain. La ruée vers l'or, stimulée par la hausse des cours mondiaux, pousse des milliers d'orpailleurs à travailler dans des conditions d'hygiène et de sécurité déplorables, non seulement en Centrafrique et au Cameroun, mais aussi dans d'autres pays du continent comme le Ghana, le Mali, l'Afrique du Sud, la RDC ou le Burkina Faso.
Ce qu'il faut surveiller
L'enjeu majeur pour Bangui dans les prochaines années sera de réussir à transformer cette ressource aurifère en un véritable levier de développement durable. Pour y parvenir, les autorités centrafricaines devront renforcer la fiscalité minière, améliorer la collecte des redevances et canaliser une partie des recettes vers la diversification de l'économie nationale. Elles devront également répondre aux exigences de transparence formulées par leurs partenaires internationaux dans un secteur encore marqué par de nombreuses zones grises.
Du côté camerounais, l'application du nouveau code minier adopté en 2023 et le renforcement des contrôles annoncés à la mi-juillet seront déterminants pour assainir la filière. La capacité des deux États à maintenir une présence administrative et sécuritaire durable sur les sites fermés sera cruciale pour empêcher la réinstallation immédiate des exploitants clandestins après les opérations de démantèlement.