La réélection du président zambien Hakainde Hichilema est marquée par une vive tension politique, illustrée par l'interpellation du principal opposant Brian Mundubile pour des accusations de trahison. Ce climat est aggravé par une fermeture inédite du système judiciaire, empêchant tout recours légal contre les résultats du scrutin.
Une procédure judiciaire sous haute tension
Brian Mundubile, arrivé en deuxième position lors de l'élection présidentielle avec 38 % des suffrages, a été placé en garde à vue par la police zambienne. Accompagné de son colistier Makebi Zulu, il fait l'objet d'une enquête pour « trahison », une infraction passible de lourdes peines dans le pays. Après deux semaines passées sous la protection d'une organisation internationale des droits humains suite à une perquisition à son domicile, M. Mundubile s'est rendu aux autorités le 27 août. La police a enregistré des déclarations de « mise en garde », une étape procédurale qui précède généralement une inculpation formelle.
Le verrouillage des recours constitutionnels
La contestation des résultats, que l'opposition souhaitait porter devant la justice, a été rendue impossible par une décision administrative controversée. Le système judiciaire zambien a été fermé le lundi, date limite légale pour déposer un recours, officiellement pour des « raisons de sécurité ». Selon la Constitution, le dépôt d'une requête aurait dû suspendre automatiquement la cérémonie d'investiture du président réélu, crédité de 60 % des voix. Bien qu'une pétition ait été transmise par un citoyen sur l'adresse électronique privée du juge en chef Mumba Malila, celui-ci a qualifié la démarche d'« hautement irrégulière », laissant la voie libre à la prestation de serment de M. Hichilema.
Un climat de répression dénoncé
Ces événements surviennent dans un contexte de dégradation des libertés publiques. Le raid policier au domicile de M. Mundubile, survenu au lendemain du scrutin du 13 août, avait déjà causé la mort de l'ancien ministre Mutotwe Kafwaya et conduit à l'arrestation de onze personnes. Si le gouvernement justifie ces interventions par la lutte contre des activités de milice, des organisations comme Human Rights Watch ont dénoncé une atteinte grave à l'administration de la loi et à la transparence démocratique. Alors que la Zambie était citée pour sa stabilité politique depuis 1991, ces tensions post-électorales font craindre un rétrécissement durable de l'espace démocratique dans ce pays producteur de cuivre.