Xénophobie en Afrique : pourquoi les migrants intra‑continentaux deviennent des boucs émissaires en temps de crise

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 16 lectures
Xénophobie en Afrique : pourquoi les migrants intra‑continentaux deviennent des boucs émissaires en temps de crise

Alors que plus de quatre‑cinquantes pour cent des migrations de travail en Afrique se font à l’intérieur du continent, les discours hostiles aux migrants restent très présents. Loin d’être un phénomène isolé, la xénophobie s’inscrit dans des dynamiques économiques, sociales et politiques qui transforment l’étranger en bouc émissaire dès que la crise frappe.

Une migration intra‑continentale massive mais peu reconnue

Les flux migratoires africains sont largement régionaux : plus de 80 % des travailleurs qui quittent leur pays d’origine se dirigent vers un autre État africain. Cette mobilité soutient les chaînes de valeur locales, comble les pénuries de main‑d’œuvre et participe à la croissance des économies d’accueil. Pourtant, la visibilité de ces migrants reste limitée dans les débats publics, où l’image de l’étranger est souvent réduite à un stéréotype négatif. L’absence de reconnaissance officielle de leur contribution crée un terrain propice aux généralisations simplistes.

Quand la précarité alimente le rejet de l’étranger

Dans de nombreux pays, la hausse du coût du logement, la saturation des services publics et la concurrence sur le marché du travail sont ressenties plus intensément par les populations déjà précaires. La frustration économique se traduit alors par un besoin de trouver un responsable immédiat. L’étranger, perçu comme « l’autre », devient le vecteur facile de ces frustrations, même si les difficultés structurelles dépassent largement la simple présence de migrants. Cette logique de bouc émissaire s’enracine dans des expériences quotidiennes de manque et d’insécurité.

Le rôle des discours politiques dans la construction du bouc émissaire

Les responsables politiques et les médias jouent un rôle déterminant en orientant le débat vers la question migratoire. En période de crise, les discours électoraux ou les déclarations officielles peuvent mettre en avant la protection de l’emploi national, la défense du logement ou la préservation des services publics, en insinuant que les étrangers en sont la cause principale. Cette rhétorique, souvent simpliste, renforce les préjugés et légitime les mesures restrictives, même lorsqu’elles ne reposent pas sur des données probantes.

Vers une réconciliation entre idéal panafricain et réalités identitaires

L’idéal panafricain de libre circulation et de solidarité entre peuples du continent se heurte à des dynamiques identitaires et à la persistance de frontières perçues comme protectrices. Les tensions entre ces deux visions reflètent des enjeux de souveraineté, de sécurité et de reconnaissance culturelle. Pour dépasser le paradoxe, les décideurs doivent articuler des politiques d’inclusion qui associent protection sociale, accès équitable au logement et programmes de sensibilisation, tout en reconnaissant les contributions économiques des migrants. Une approche fondée sur des données et le dialogue pourrait réduire la tentation de désigner l’étranger comme responsable unique des crises.

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