Le constructeur automobile américain Ford fait l'objet d'une mise en garde formelle de la part du ministère américain des Transports concernant ses collaborations stratégiques avec des entreprises chinoises. Cette intervention souligne les tensions croissantes entre Washington et Pékin sur les enjeux de souveraineté industrielle et de sécurité nationale.
Des partenariats sous haute surveillance
Le secrétaire aux Transports, Sean Duffy, a adressé un courrier au PDG de Ford, Jim Farley, exprimant de vives inquiétudes quant aux liens du constructeur avec des acteurs majeurs du secteur technologique chinois, notamment le fabricant de batteries CATL, ainsi que les constructeurs automobiles Geely et BYD. L'administration américaine pointe du doigt l'utilisation de l'expertise technique chinoise au sein de l'usine de Marshall, dans le Michigan, où Ford produit des cellules de batteries lithium-fer-phosphate (LFP). Pour les autorités, cette dépendance technologique contrevient aux objectifs d'indépendance de la chaîne d'approvisionnement américaine.
Risques pour la sécurité et la souveraineté
La critique porte également sur la coentreprise de Ford avec Geely en Espagne, perçue par Washington comme un vecteur permettant à des « adversaires stratégiques » de s'implanter sur les marchés occidentaux. Le ministère des Transports s'est par ailleurs interrogé sur les discussions en cours avec BYD concernant des composants pour véhicules hybrides. Selon le courrier officiel, ces échanges risquent d'intégrer durablement des technologies étrangères subventionnées au cœur même de la chaîne logistique de Ford, une stratégie jugée incompatible avec les impératifs de sécurité nationale.
L'impact sur la stratégie industrielle de Ford
Bien que Ford ait annoncé son intention de relocaliser la production du modèle Lincoln Nautilus des usines chinoises vers les États-Unis d'ici 2030, cette mesure est jugée insuffisante par le ministère. Sean Duffy a qualifié ce délai de « fenêtre d'inacceptable dépendance » envers le secteur manufacturier chinois. Cette pression politique a eu des répercussions immédiates sur les marchés financiers, le titre Ford ayant enregistré une baisse de 4,2 % à la suite de la publication de cette lettre. Pour l'heure, le constructeur automobile n'a pas officiellement réagi à ces critiques, laissant planer une incertitude sur l'avenir de ses accords technologiques avec ses partenaires chinois.