Une enquête inédite dans la région de Ho, au Ghana, révèle que près de 98 % des citoyens ont conscience du vote achetable, avec des témoignages accablants sur son omniprésence dans tous les aspects de la vie publique. Organisé par la JoyNews Impact Makers Foundation en partenariat avec des médias locaux, un forum régional a mis en lumière les mécanismes de cette pratique, ses racines structurelles et les pistes pour y remédier.
Les faits essentiels
Une étude menée auprès de plus de 200 personnes dans la région de Ho a révélé que 38,8 % des répondants ont personnellement assisté à des offres d’argent ou de cadeaux en échange de votes, tandis que 59,2 % ont eu connaissance de tels agissements dans leur communauté. Seuls 1,9 % des participants n’ont ni été témoins ni entendu parler de ces pratiques. Les jeunes de 18 à 25 ans sont les plus nombreux à estimer que l’argent n’influence pas les élections (66 %), contre 20 % seulement pour les 51 ans et plus. Pourtant, 82,6 % des sondés se disent prêts à voter pour un candidat aux idées claires plutôt que pour un adversaire plus riche.
Les sources de financement politique perçues comme les plus fréquentes sont les ressources publiques (56 %), suivies des hommes d’affaires (39 %), des fonds criminels (28 %) et des économies personnelles (12 %). Une majorité écrasante (92,4 % des 18-25 ans) considère que les lois anti-vote achetable existent, mais ne sont pas appliquées efficacement. Pour y remédier, 60 % des participants prônent des peines de prison strictes pour les acheteurs et vendeurs de votes.
Pourquoi c'est important
Cette enquête confirme que le vote achetable n’est pas une simple rumeur, mais une réalité ancrée dans les pratiques électorales de la région de Ho. Son caractère généralisé menace la légitimité des institutions démocratiques et creuse le fossé entre les citoyens et leurs représentants. La perception d’une justice à deux vitesses, où les lois ne s’appliquent qu’aux petits acteurs tandis que les puissants restent impunis, risque d’éroder la confiance dans le système politique. Par ailleurs, la domination des ressources publiques comme source de financement des campagnes soulève des questions sur l’utilisation abusive des deniers de l’État à des fins partisanes.
La jeunesse, bien que moins convaincue de l’influence de l’argent sur les élections, reste vulnérable face à cette pratique. Les témoignages recueillis montrent que même ceux qui refusent de monnayer leur vote subissent les conséquences d’un système où l’argent dicte souvent les résultats. La concentration des efforts sur la répression des donneurs plutôt que des receveurs de pots-de-vin, soulignée par les participants, aggrave ce déséquilibre.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs pistes d’action émergent des débats, mais leur mise en œuvre dépendra de la volonté politique et des ressources allouées. Le projet de loi sur le financement des partis politiques, ainsi que la création d’un fonds dédié à la démocratie et d’un régulateur indépendant, pourraient introduire plus de transparence. Cependant, leur adoption et leur application effective restent incertaines. La réforme de l’éducation civique et éthique, ciblant particulièrement les jeunes, est une priorité, mais son impact dépendra de son intégration dans les programmes scolaires et de son financement.
Un autre point critique concerne la réduction des inégalités économiques, perçues comme un terreau fertile pour le vote achetable. Les écarts de revenus entre les élus et les fonctionnaires ordinaires, ainsi que les difficultés des femmes à accéder aux postes de leadership en raison de barrières financières et sociales, nécessitent des mesures concrètes. Enfin, la question de l’impunité, notamment dans les cas de violence politique et de corruption électorale, devra être traitée avec rigueur pour restaurer la crédibilité des institutions.