Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a officiellement limogé, ce lundi 14 septembre, le procureur général Rouslan Kravtchenko. Cette décision intervient alors que l'administration du magistrat est au cœur d'une enquête pour corruption, soupçonnée d'avoir protégé des réseaux d'escroqueries téléphoniques en échange de pots-de-vin.
Un système de corruption à grande échelle
Le Bureau national anticorruption (NABU) a mis en lumière un vaste réseau criminel impliquant des centres d'appels frauduleux. Ces structures, qui emploieraient près de 60 000 personnes en Ukraine, généreraient jusqu'à un milliard de dollars de revenus mensuels. Selon les enquêteurs, les fonds issus de ces activités illicites étaient blanchis à travers l'achat de biens immobiliers et d'objets de luxe, avec la complicité présumée de l'administration du procureur général.
La riposte du procureur déchu
Rouslan Kravtchenko, qui avait annoncé son intention de quitter ses fonctions début septembre tout en réfutant les accusations, a vivement réagi à son éviction. Depuis l'étranger, il a dénoncé une « influence incontrôlée » des autorités de lutte contre la corruption sur la souveraineté de l'État. Il a par ailleurs engagé une procédure judiciaire contre le directeur du NABU, Semion Kryvonos, l'accusant de falsification de documents officiels dans le cadre de cette affaire.
Un défi persistant pour l'État ukrainien
Ce limogeage illustre la persistance de la corruption au sein des institutions ukrainiennes, un problème structurel qui a déjà touché plusieurs secteurs, y compris la défense et l'administration présidentielle. Le président Zelensky, qui a appelé le Parlement à valider cette destitution sans délai, tente de maintenir la confiance de ses partenaires internationaux tout en gérant les tensions internes entre les organes de contrôle. Par le passé, des tentatives de placer le NABU sous la tutelle du procureur général avaient été abandonnées face à la pression de la société civile et des alliés occidentaux de Kiev, soulignant la fragilité de l'équilibre entre indépendance judiciaire et impératifs politiques.