Vladimir Potanin, troisième fortune de Russie et dirigeant du géant minier Norilsk Nickel, a publiquement exprimé ses inquiétudes concernant la trajectoire économique du pays. Alors que le Kremlin tente de maintenir un équilibre budgétaire sous la pression du conflit en Ukraine, le magnat souligne que le point bas de la conjoncture n'est pas encore atteint, remettant en cause la viabilité des investissements futurs.
Le défi du financement de l'effort de guerre
L'économie russe fait face à une croissance atone, plafonnée à 0,6 % selon les prévisions du ministère de l'Économie. Ce ralentissement est aggravé par un déficit budgétaire structurel, directement alimenté par les dépenses militaires massives engagées par Moscou. Pour pallier ce manque de liquidités, le gouvernement a multiplié les prélèvements fiscaux, une stratégie qui, selon Potanin, risque d'étouffer le dynamisme industriel du pays en privant les entreprises de leurs capacités d'investissement.
La rupture du pacte fiscal avec les oligarques
La tension monte entre le pouvoir central et les grands capitaines d'industrie. Vladimir Potanin a vivement critiqué l'instauration d'une taxe exceptionnelle sur les superprofits, qui pourrait atteindre 30 % pour son groupe entre 2027 et 2029. Cette mesure est perçue comme une trahison des engagements pris en 2024, lorsque les entreprises avaient accepté des réformes fiscales en échange d'une stabilité promise jusqu'en 2030. Le non-respect de cette promesse fragilise la confiance des acteurs économiques envers les décisions du Kremlin.
Un fossé grandissant au sommet de l'État
Bien que Potanin reconnaisse les efforts du gouvernement pour assouplir la politique monétaire, sa prise de distance est significative. À la tête d'un empire estimé à 22 milliards de dollars, l'oligarque plaide pour une fiscalité assise uniquement sur les bénéfices réels, et non sur des prélèvements arbitraires. Ce désaccord illustre une fracture croissante au sein de l'élite économique russe, désormais contrainte de financer un effort de guerre qui pèse lourdement sur la pérennité de leurs activités et sur la croissance nationale à long terme.