Violences xénophobes à Jeffreys Bay : l’Afrique du Sud entre tensions et élections

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 24 lectures
Violences xénophobes à Jeffreys Bay : l’Afrique du Sud entre tensions et élections

Une opération de ratissage menée par l’armée et la police sud-africaine a été déployée dans le township de Jeffreys Bay, ville côtière du sud du pays connue pour son spot de surf. Les forces de sécurité, équipées de fusils d’assaut, fouillent maisons et véhicules à la recherche de biens pillés lors d’affrontements survenus la veille. Ces violences s’inscrivent dans un contexte de tensions récurrentes contre les migrants clandestins, alimentées par des groupuscules locaux.

Un climat politique et social explosif

Les tensions à Jeffreys Bay illustrent une dynamique plus large en Afrique du Sud, où des marches organisées contre les migrants clandestins se multiplient depuis plusieurs mois. Ces mobilisations, souvent violentes, ont pris de l’ampleur après une échéance symbolique fixée par des groupuscules, donnant aux étrangers un délai pour quitter le pays. L’atmosphère reste particulièrement volatile, notamment à l’approche des élections municipales prévues dans quelques mois.

Le gouvernement sud-africain se trouve dans une position délicate. D’un côté, il cherche à éviter une répétition des violences meurtrières de 2021, qui avaient causé des centaines de morts et des dégâts matériels considérables. De l’autre, il doit composer avec des critiques internes pointant une supposée protection des étrangers au détriment des Sud-Africains. Ces tensions révèlent une fracture sociale profonde, où la question migratoire cristallise des frustrations économiques et identitaires.

Des violences en cascade et des réponses policières contestées

Jeudi, une manifestation contre les migrants a dégénéré, entraînant des pillages et des affrontements. Des tirs non identifiés ont blessé plusieurs personnes, selon les autorités policières. Les organisateurs de la marche accusent des individus armés d’avoir protégé des commerces tenus par des membres de diasporas étrangères, ciblant notamment des épiceries de quartier, dites « spaza shops ». Dans la nuit, 23 de ces commerces ont été vandalisés ou pillés. Les forces de l’ordre ont confirmé l’arrestation de 69 personnes, un chiffre élevé comparé aux données nationales sur les violences xénophobes depuis le début des tensions.

Les témoignages recueillis auprès des commerçants et résidents peignent un tableau de peur et d’incompréhension. Plusieurs étrangers, dont certains naturalisés sud-africains, décrivent des scènes de chasse à l’homme, de destructions et de pressions pour quitter leur domicile. Des familles entières ont été contraintes de fuir, abandonnant leurs biens. Certains migrants, comme un ouvrier zimbabwéen, ont payé pour échapper à des menaces, sans succès. D’autres, comme un Mozambicain blessé sur un chantier, envisagent un retour dans leur pays, malgré les risques sanitaires et économiques que cela implique.

Les autorités policières assurent que les tirs n’ont pas été perpétrés par leurs services. Pourtant, des voix locales, dont celle d’un pasteur pentecôtiste, dénoncent une passivité des forces de l’ordre, accusées d’intervenir tardivement. Selon lui, les militaires initialement déployés pour lutter contre la criminalité organisée ont été détournés de leur mission initiale, alimentant les accusations de partialité.

Un mouvement politique aux contours flous

À l’origine des violences, des groupuscules aux motivations variées se réclament d’un mouvement baptisé « Abahambe », expression traduite par « Dehors ». Ces groupes, souvent concurrents, gagnent en visibilité à l’approche des scrutins locaux. Leur leader à Jeffreys Bay, membre d’un parti politique local, rejette les accusations de pillage et affirme que les arrestations ciblent des manifestants pacifiques. Il critique également la présence des militaires, qu’il accuse de vouloir « faire taire la population ».

Dans ce contexte, les élections municipales s’annoncent comme un enjeu majeur. Les partis politiques, y compris ceux de l’opposition, doivent naviguer entre les revendications xénophobes et les impératifs de stabilité sociale. Les violences à Jeffreys Bay rappellent que la question migratoire reste un sujet explosif, susceptible de déstabiliser davantage un pays déjà fragilisé par des inégalités persistantes et une criminalité endémique.

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