Une organisation de défense des droits humains tire la sonnette d’alarme sur les risques de violences et de cohabitations non régulées dans les universités publiques du Ghana. Selon la POS Foundation, ces pratiques menacent la sécurité des étudiants et sapent les efforts de création d’environnements d’apprentissage sains. Une étude menée dans cinq établissements révèle des lacunes majeures dans la sensibilisation aux politiques anti-harcèlement et une normalisation inquiétante des comportements abusifs.
Les faits essentiels
Une enquête de la POS Foundation, couvrant cinq universités publiques ghanéennes, a mis en lumière deux problèmes majeurs : la cohabitation non encadrée entre étudiants et la persistance du harcèlement sexuel sur les campus. Les établissements concernés sont l’Université du Ghana, l’Université d’Éducation de Winneba, l’Université du Cap-Coast, l’Université des sciences et technologies Kwame Nkrumah (KNUST) et l’Université pour le développement des études (UDS).
Les résultats indiquent que la cohabitation est particulièrement répandue à l’Université d’Éducation de Winneba et à l’Université du Cap-Coast. Cette pratique, souvent financée par les familles pour des raisons de logement, peut générer des conflits domestiques et, dans certains cas, dégénérer en violences physiques ou sexuelles. Par ailleurs, l’étude souligne que moins de 30 % des étudiants interrogés ont connaissance des politiques anti-harcèlement de leur établissement, pourtant existantes dans toutes les universités étudiées.
Les données officielles révèlent également que 131 cas de harcèlement sexuel ont été signalés à l’unité de soutien aux victimes de violences domestiques (DOVVSU) de la police ghanéenne entre 2016 et 2021, un chiffre qui, selon la POS Foundation, sous-estime probablement l’ampleur réelle du phénomène.
Pourquoi c'est important
Ces constats révèlent une faille critique dans la protection des étudiants, alors que le Ghana s’efforce de renforcer la sécurité sur ses campus. La cohabitation non régulée expose les jeunes à des risques de violences, tandis que l’ignorance des politiques anti-harcèlement prive les victimes de recours juridiques et de mécanismes de signalement efficaces. La normalisation sociale du harcèlement, évoquée par une experte du projet, aggrave encore la situation : les victimes hésitent à porter plainte, par crainte de minimiser leur expérience ou d’être stigmatisées.
Au-delà des chiffres, c’est la crédibilité des institutions éducatives qui est en jeu. Des campus perçus comme dangereux ou permissifs envers les abus risquent de décourager l’inscription des étudiantes et de nuire à la réputation académique du pays. La POS Foundation insiste sur un paradoxe : des politiques existent, mais leur application et leur diffusion restent insuffisantes, laissant les étudiants vulnérables.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs pistes d’action émergent des recommandations de la POS Foundation. Les autorités universitaires sont appelées à intensifier la sensibilisation aux politiques anti-harcèlement, notamment via des campagnes ciblées et des formations obligatoires pour les nouveaux étudiants. L’efficacité de ces mesures dépendra de leur capacité à toucher l’ensemble de la communauté étudiante, y compris les étudiants en cohabitation, souvent moins accessibles aux canaux traditionnels de communication.
Un autre point à suivre concerne l’évolution des signalements. Si les cas de harcèlement sexuel restent sous-déclarés, une augmentation des plaintes pourrait refléter une amélioration de la confiance dans les mécanismes de signalement, plutôt qu’une aggravation du phénomène. Enfin, la mise en place de cellules d’écoute indépendantes et la formation des enseignants et du personnel administratif à la détection des situations à risque seront déterminantes pour briser le cycle de l’impunité.
La question centrale reste : les universités ghanéennes parviendront-elles à transformer leurs politiques en actions concrètes, ou les campus continueront-ils à être des terrains propices aux abus ?