Le dépouillement des élections présidentielle et parlementaires en Zambie a été interrompu pour au moins 24 heures en raison de violences, plongeant le pays dans une incertitude politique inédite depuis la transition démocratique de 2021. Alors que l’opposition revendique déjà la victoire, le président sortant appelle à la patience, tandis que la commission électorale tente de rétablir l’ordre dans un scrutin marqué par des tensions croissantes.
Les faits essentiels
La commission électorale zambienne a suspendu, avec effet immédiat, le dépouillement et la proclamation des résultats des élections présidentielle et parlementaires, initialement prévues pour être annoncées d’ici le 17 août. Cette décision fait suite à des violences survenues lors du processus de dépouillement et de proclamation des résultats dans plusieurs districts, selon le directeur des élections, Brown Kasaro. La suspension, valable pour au moins 24 heures, sera réexaminée par la commission dans ce délai.
Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, Brian Mundubile, principal opposant et chef d’une coalition de partis d’opposition, a revendiqué la victoire dès le premier tour, affirmant avoir remporté l’élection présidentielle ainsi qu’une majorité des sièges au Parlement. Une déclaration contestée par le président sortant, Hakainde Hichilema, qui a appelé les électeurs à rester sereins et patients en attendant les résultats officiels. Les deux hommes s’affrontent ainsi sur la légitimité du scrutin, dans un contexte où 14 candidats participaient à la course présidentielle.
Pourquoi c'est important
Cette interruption du dépouillement met en lumière les tensions persistantes autour du processus électoral, alors que la Zambie était jusqu’ici perçue comme un modèle de stabilité démocratique en Afrique australe. Le pays, deuxième producteur de cuivre du continent, avait connu une transition pacifique en 2021, permettant au président Hichilema de redresser une économie en crise et de conclure un accord historique de restructuration de la dette avec le Fonds monétaire international. Une victoire contestée ou une crise post-électorale pourrait donc fragiliser cette réputation, avec des répercussions sur la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux.
Les violences signalées lors du dépouillement rappellent également les risques de déstabilisation politique dans un pays où l’opposition, menée par Mundubile, tente de capitaliser sur le mécontentement populaire face aux difficultés économiques. Ces heurts surviennent après des arrestations et détentions de candidats, sympathisants et journalistes, selon la commission des droits humains zambienne, qui avait alerté sur la montée des tensions avant le scrutin.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments restent en suspens dans les prochaines heures. La commission électorale doit réexaminer sa décision de suspension dans les 24 heures, ce qui pourrait soit prolonger l’incertitude, soit permettre une reprise partielle du dépouillement. Les résultats officiels, initialement attendus pour le 17 août, pourraient donc être retardés, alimentant les spéculations sur une possible contestation des résultats.
Par ailleurs, la réaction des forces de sécurité et des institutions internationales sera déterminante pour éviter une escalade des violences. Le président Hichilema a déjà appelé au calme, mais une radicalisation des positions entre les camps pourrait aggraver la crise. Enfin, l’attitude de l’opposition, qui revendique une victoire prématurée, pourrait influencer la perception de la légitimité du scrutin et la crédibilité des institutions électorales.