Un débat interreligieux en Ouganda a basculé dans la violence, entraînant l’assassinat d’un jeune pasteur par un groupe armé. L’imam suspecté, en fuite, illustre les tensions persistantes autour de la liberté religieuse dans une région où les échanges théologiques peuvent dégénérer en drames.
Un échange théologique transformé en piège mortel
Ce qui devait être un espace d’échange pacifique entre chrétiens et musulmans s’est soldé par un meurtre ciblé. Bernard Mulongo, pasteur de 25 ans, a été tué par des hommes armés dans la nuit du 18 juillet, après avoir participé à un débat interreligieux en plein air à Mbale. L’imam Hassan Musa, l’un des intervenants, est le principal suspect, accusant le jeune religieux d’avoir « induit en erreur » des fidèles musulmans et proféré des « actes blasphématoires ».
Les tensions ont atteint leur paroxysme lorsque deux femmes musulmanes ont annoncé leur conversion au christianisme à l’issue des échanges. L’imam Musa aurait alors menacé directement le pasteur Mulongo, selon des témoins, avant que ce dernier ne quitte les lieux pour une intervention radiophonique. Le drame s’est joué sur le chemin du retour : traqués par des assaillants à moto, le pasteur et son compagnon ont été interceptés près du village de Jami. Le pasteur Mulongo, retenu par les agresseurs, a été poignardé à mort, tandis que son ami a pu s’enfuir.
Liberté religieuse et impunité : un défi persistant
L’assassinat du pasteur Mulongo survient dans un contexte où la liberté de culte, garantie par la Constitution ougandaise, coexiste avec des épisodes récurrents d’intolérance religieuse violente. La région de l’Est, majoritairement musulmane (12 % de la population nationale), concentre une partie des tensions, bien que les conflits interreligieux ne se limitent pas à ce territoire. La famille de la victime exige une enquête rapide et la condamnation des responsables, alors que l’imam suspecté reste en fuite.
Ce drame rappelle les risques encourus par les acteurs religieux engagés dans le dialogue interconfessionnel. En Afrique de l’Est, où les dynamiques communautaires et les interprétations divergentes des textes sacrés alimentent régulièrement des violences, la protection des minorités religieuses et la modération des discours extrêmes restent des enjeux majeurs. L’État ougandais, tout en menant une enquête, doit aussi renforcer les mécanismes de prévention pour éviter que de tels actes ne se reproduisent.