La Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) a rapporté le décès de 23 détenus au cours des dernières semaines, imputant ces morts aux conditions de détention aggravées par une vague de chaleur intense. Cette situation soulève des inquiétudes majeures sur la gestion des établissements pénitentiaires et la protection des droits fondamentaux des personnes incarcérées dans un contexte de surpopulation chronique.
Des conditions de détention sous haute tension
Alors que la Tunisie traverse une période de fortes chaleurs, avec des températures dépassant parfois les 45°C, les organisations de défense des droits humains dénoncent des conditions de vie inhumaines. La LTDH, s'appuyant sur des témoignages de médecins, d'avocats et de familles, pointe du doigt l'insuffisance de la ventilation et l'accès limité à l'eau dans des cellules surpeuplées. L'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a exprimé sa vive préoccupation face à la dégradation de ces conditions et à l'augmentation du nombre de décès, réclamant des enquêtes indépendantes et transparentes.
Le silence des autorités face aux accusations
De leur côté, les autorités pénitentiaires tunisiennes rejettent ces accusations. En juillet dernier, l'administration a affirmé que tous les détenus bénéficiaient des soins médicaux réglementaires et que des mesures nécessaires avaient été prises pour faire face aux pics de chaleur. Officiellement, aucun décès ne peut être attribué à la canicule sans une confirmation formelle par des médecins légistes, et aucun bilan chiffré n'a été communiqué par le gouvernement sur la situation estivale dans les prisons.
L'inquiétude croissante pour les détenus politiques
La question des conditions carcérales prend une dimension politique particulière, de nombreuses personnalités — opposants, journalistes et hommes d'affaires — étant incarcérées depuis la concentration des pouvoirs par le président Kais Saied en 2021. Des figures comme Rached Ghannouchi ou Ahmed Nejib Chebbi font l'objet d'alertes répétées de la part de leurs proches et avocats concernant leur état de santé critique. L'accès aux prisons, interdit à la LTDH depuis novembre 2025, empêche tout contrôle extérieur indépendant, renforçant les craintes des familles qui redoutent une issue fatale pour leurs proches détenus.