Vingt-quatre ans après le naufrage du Joola, survenu le 26 septembre 2002, le souvenir de la tragédie reste marqué par une vive contestation sur la gestion judiciaire du dossier. Seydi Gassama, directeur exécutif d’Amnesty International Sénégal, dénonce un « déni de justice » persistant, pointant du doigt une lecture officielle des faits qu'il juge incomplète et déconnectée de la réalité des responsabilités engagées.
La remise en cause de la responsabilité unique du commandant
Le cœur de la critique formulée par Seydi Gassama repose sur l'imputation exclusive de la catastrophe au commandant de bord. Selon lui, réduire les causes de ce drame, qui a officiellement coûté la vie à 1 863 personnes, à la seule erreur humaine du pilote constitue un « mensonge d’État ». Cette lecture simplifiée occulterait, selon le défenseur des droits humains, les défaillances structurelles et les décisions administratives qui ont permis au navire de prendre la mer dans des conditions critiques.
Un enjeu de mémoire et de droit
Au-delà de l'analyse technique, le responsable d'Amnesty International souligne la dimension humaine et morale de ce dossier. En rappelant les récits poignants des survivants et la perte de nombreuses familles, il insiste sur le poids émotionnel que porte la société sénégalaise face à ce qu'il qualifie d'indigne d'un État de droit. Pour les familles des victimes, cette commémoration annuelle est l'occasion de réitérer une exigence de vérité qui dépasse la simple reconnaissance du naufrage.
Les limites de la justice face à la tragédie
L'argumentation de Seydi Gassama met en lumière une fracture durable entre les attentes des citoyens et les conclusions des autorités judiciaires. En qualifiant la situation actuelle de « déni de justice », il soulève un enjeu fondamental pour la démocratie sénégalaise : la capacité de l'État à assumer ses responsabilités institutionnelles dans les drames collectifs. Cette prise de parole, à l'occasion du 24e anniversaire, rappelle que tant que les zones d'ombre sur la chaîne de commandement et les négligences administratives ne seront pas levées, le traumatisme du Joola continuera de peser sur le contrat social du pays.