Plus de 200 leaders de la société civile venus de 30 pays se réunissent à Accra pour repenser en profondeur le modèle de l'aide au développement en Afrique. Ce mouvement, porté par une volonté de rupture avec les structures héritées de l'ère coloniale, prône un basculement du pouvoir décisionnel vers les communautés locales.
Inverser le rapport de force
Le système traditionnel de l'aide, où les organisations internationales dictent les priorités et les méthodes, est de plus en plus contesté. À l'instar de la communauté de Nyankanga en Zambie, des acteurs locaux expérimentent désormais « l'appel à propositions inversé ». Dans ce schéma, ce sont les bénéficiaires qui définissent leurs besoins réels — accès aux soins, éducation, infrastructures — et sollicitent des partenaires financiers capables de s'aligner sur leurs objectifs, plutôt que l'inverse. Cette démarche transforme le donateur en partenaire soumis à une évaluation de fiabilité par la communauté elle-même.
Les limites de la localisation
Malgré les discours sur la « localisation » de l'aide, de nombreux programmes internationaux continuent d'imposer des cadres rigides. Des organisations comme NORSAAC au Ghana soulignent que, même lorsqu'elles sont associées à des projets, les décisions structurantes sont souvent prises en amont par des entités étrangères. Cette déconnexion entre les objectifs fixés par les bailleurs et les réalités du terrain conduit souvent à des interventions jugées inefficaces, car elles ne répondent pas aux besoins exprimés par les populations concernées.
Un enjeu de souveraineté financière
Au-delà de la gestion de projet, le débat porte sur une architecture financière mondiale jugée inéquitable. Alors que l'Afrique a reçu 74 milliards de dollars d'aide officielle en 2023, elle a dû faire face à des flux financiers illicites estimés à 90 milliards de dollars et à 103 milliards de dollars de remboursement de dette extérieure en 2024. Face à ce déséquilibre, des voix s'élèvent, notamment au niveau des chefs d'État, pour exiger une refonte des systèmes de gouvernance internationale, comme au sein du FMI, où le poids décisionnel du continent reste marginal.
Vers une autonomie institutionnelle
La conférence d'Accra, baptisée « Africa at the Center », vise à transformer ces expérimentations locales en un modèle systémique. Si la question de la gestion financière et de la redevabilité reste centrale pour convaincre les bailleurs, les organisateurs soutiennent que la confiance ne peut naître que d'une véritable appropriation des projets par les Africains. Ce processus, qui pourrait s'étaler sur une décennie, marque une étape supplémentaire dans la remise en question des relations historiques avec les puissances étrangères, liant désormais la question du développement à celle de la souveraineté politique et économique.