Altice France a conclu en juin un protocole d’accord avec Orange, Free et Bouygues Telecom pour céder SFR dans le cadre d’une opération évaluée à plus de 20 milliards de dollars. Les syndicats redoutent une perte de deux tiers des effectifs, ce qui pourrait déclencher une crise sociale sans précédent dans le secteur des télécoms.
Les faits essentiels
Le plan de cession de SFR, annoncé par la maison‑mère Altice France, implique la participation des trois principaux concurrents du marché français – Orange, Free et Bouygues Telecom – et représente une transaction de plus de 20 milliards de dollars. Selon les informations communiquées, deux tiers des emplois de SFR seraient menacés, soit environ 8 000 postes sur les 12 000 salariés de l’opérateur. En parallèle, Altice avait déjà annoncé jusqu’à 1 700 départs volontaires prévus pour 2021 et une demande de chômage partiel couvrant 5 000 postes, soit 40 % de la main‑d’œuvre. Les syndicats ont enregistré une victoire judiciaire concernant la restructuration, mais la direction a retiré la demande d’homologation du plan de départs, ce qui a relancé les tensions. Par ailleurs, SFR a récemment été sanctionné de 3,7 millions d’euros pour des retards de paiement et de 40 millions d’euros par l’Autorité de la concurrence pour non‑respect d’engagements liés à l’acquisition de Numericable.
Pourquoi c'est important
Le rachat de SFR touche non seulement la structure du marché télécom français, où les quatre opérateurs se partagent le déploiement de la fibre et de la 5G, mais aussi l’équilibre social du pays. La perte potentielle de deux tiers des effectifs représente une charge financière et sociale importante pour les collectivités locales, notamment dans les zones où SFR assure la couverture mobile et le déploiement de la fibre. Le plan de départs massifs pourrait également affecter les projets d’infrastructure en cours, comme l’investissement de 3 milliards d’euros prévu par les opérateurs pour éliminer les zones blanches et le rachat de Covage, valorisé à 1 milliard d’euros, destiné à renforcer la fibre rurale. Enfin, les sanctions financières déjà infligées à SFR soulignent les risques de non‑conformité réglementaire qui pourraient s’intensifier dans le cadre d’une nouvelle gouvernance.
Ce qu'il faut surveiller
Les prochaines étapes incluent la validation officielle du plan de cession par les autorités de concurrence et la mise en œuvre d’éventuels accords de médiation entre la direction et les syndicats. Le suivi des départs volontaires et du chômage partiel sera crucial pour mesurer l’impact réel sur l’emploi. Par ailleurs, il faudra observer si les engagements de déploiement de la fibre et de la 5G seront maintenus ou révisés en fonction des ressources humaines disponibles. Enfin, toute nouvelle sanction ou litige, comme le différend avec le département des Hauts‑de‑Seine qui a conduit SFR‑Numericable à verser 96,7 millions d’euros, pourra influencer la dynamique financière de l’opération et la perception du marché.