Dans le cadre d'un accord pétrolier qualifié d'historique par Donald Trump, Washington a choisi de s'appuyer sur Alejandro Betancourt, un homme d'affaires vénézuélien au parcours marqué par des soupçons de malversations financières. Ce partenariat, qui vise l'exploitation de 17 champs pétroliers, soulève des interrogations majeures sur les priorités réelles de la Maison-Blanche au Venezuela et sur la viabilité technique des objectifs annoncés.
Un intermédiaire au passé judiciaire complexe
Alejandro Betancourt, 46 ans, est une figure centrale de ce rapprochement entre Caracas et Washington. Bien qu'il n'ait jamais été formellement inculpé, cet homme d'affaires résidant au Royaume-Uni a fait l'objet de deux arrestations en 2025, liées à des enquêtes internationales pour blanchiment d'argent et détournement de fonds impliquant la compagnie pétrolière publique PDVSA. Selon plusieurs sources, les États-Unis auraient activement œuvré pour obtenir de la Suisse la levée des restrictions de déplacement pesant sur le magnat, facilitant ainsi son rôle d'intermédiaire privilégié auprès de la présidente par intérim, Delcy Rodriguez.
L'archétype du « bolibourgeois »
Pour les observateurs, le choix de Betancourt illustre la persistance des réseaux d'influence hérités de l'ère chaviste. Issu de la classe des « bolibourgeois » — ces entrepreneurs ayant bâti leur fortune sur des contrats publics opaques obtenus grâce à leurs connexions politiques —, Betancourt s'est initialement illustré dans le secteur électrique avant de se tourner vers les hydrocarbures. Sa société, North American Blue Energy Partners (Nabep), est aujourd'hui le deuxième producteur privé du pays, positionnant l'homme d'affaires comme un acteur incontournable pour la mise en œuvre de la stratégie énergétique américaine.
Des objectifs pétroliers jugés irréalistes
L'accord prévoit l'exploitation de 65 milliards de barils de pétrole, une ambition que de nombreux experts qualifient de « fantasme mégalomaniaque ». Selon le politologue Aslak Orre, même en atteignant des niveaux de production historiques, le Venezuela mettrait environ 50 ans pour extraire un tel volume. Cette annonce, perçue par certains analystes comme une manœuvre de communication destinée à rassurer l'opinion américaine face à la volatilité des prix du brut, semble occulter les défis structurels du secteur pétrolier vénézuélien. L'enjeu principal reste, à ce stade, la capacité réelle de cet accord à transformer l'économie locale ou s'il servira avant tout les intérêts d'intermédiaires privés.