Le Vanuatu a saisi la Cour internationale de Justice (CIJ) pour contester la souveraineté française sur deux îles du Pacifique, relançant un conflit territorial vieux de plusieurs décennies. Paris doit désormais décider s’il accepte la compétence obligatoire de la CIJ, alors que l’extrême droite française instrumentalise l’affaire à des fins politiques.
Un différend hérité de la colonisation
Le litige porte sur deux îles inhabitées, Matthew et Hunter, situées à environ 300 km à l’est de la Nouvelle-Calédonie et au sud-est du Vanuatu. Ces territoires, placés sous contrôle français depuis l’époque coloniale, sont revendiqués par Port-Vila au nom de la décolonisation inachevée. Le Vanuatu, ancien condominium franco-britannique indépendant depuis 1980, argue que ces îles devraient lui revenir pour achever son processus de libération nationale.
La France, qui rejette catégoriquement ces revendications, se retrouve sous pression politique en interne. L’extrême droite accuse le gouvernement Macron de vouloir « céder du territoire », une allégation que Paris dément avec fermeté. Cette instrumentalisation politique ajoute une dimension supplémentaire au conflit, alors que les négociations bilatérales menées en 2018 et 2019 n’ont abouti à aucun accord.
Des enjeux géostratégiques bien au-delà des îles
Au-delà de la question symbolique de la souveraineté, la dispute a des implications concrètes. Les eaux environnantes, riches en ressources halieutiques et en potentiel minier sous-marin, sont au cœur des revendications. Le contrôle de ces zones maritimes donnerait au Vanuatu un accès stratégique à des espaces économiques majeurs dans le Pacifique Sud.
La CIJ, saisie par Port-Vila, ne pourra examiner le dossier qu’à condition que la France accepte sa juridiction. Or, Paris n’a jamais reconnu la compétence obligatoire de la Cour pour les litiges avec d’autres États. La procédure s’annonce donc longue et incertaine, d’autant que les deux pays avaient relancé des discussions en 2025 après des années d’impasse.
Un précédent pour les autres contentieux coloniaux du Pacifique ?
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de l’héritage colonial français dans la région. Plusieurs États océaniens, comme les Îles Salomon ou le Kiribati, pourraient suivre de près l’issue de ce dossier. Une décision favorable au Vanuatu pourrait encourager d’autres revendications territoriales, tandis qu’un rejet renforcerait la position française dans ses autres différends régionaux.
Pour l’instant, la balle est dans le camp de Paris. Si la France refuse de se soumettre à la CIJ, le conflit restera bloqué dans une impasse diplomatique, malgré les arguments juridiques et historiques avancés par le Vanuatu.