La transformation des déchets en ressources énergétiques s'impose comme un levier stratégique pour répondre aux besoins en électricité et aux impératifs environnementaux du continent africain. Si le Maroc, l'Égypte et l'Afrique du Sud se distinguent par des avancées concrètes, le déploiement de ces technologies soulève des questions cruciales sur les modèles de gestion durable à privilégier.
Le Maroc et l'Égypte : entre grands projets et tarifs incitatifs
Le Maroc franchit une étape décisive dans la gestion de ses déchets urbains avec le lancement d'une installation majeure à Casablanca, portée par un consortium industriel. Ce projet s'inscrit dans la volonté du Royaume de réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Parallèlement, l'Égypte a structuré son approche en instaurant un tarif de rachat garanti pour l'électricité issue de la biomasse et des déchets solides municipaux. Ce dispositif est soutenu par une logistique locale qui assure l'approvisionnement des exploitants en matières premières sans surcoût.
Le cadre réglementaire sud-africain et l'essor de la bioénergie
L'Afrique du Sud mise sur une refonte législative pour stimuler ce secteur. Depuis 2021, la loi sur la régulation de l'électricité facilite le raccordement des projets de biogaz au réseau national. Cette dynamique est complétée par une stratégie nationale interdisant l'enfouissement direct des déchets organiques, favorisant ainsi la digestion anaérobie. Malgré ces avancées, le pays fait face à un défi de taille : l'absence de mécanismes de soutien financier, tels que des incitations fiscales ou des tarifs préférentiels, qui freine encore le passage à l'échelle industrielle.
Défis technologiques et alternatives à l'incinération
Le recours croissant à l'incinération, illustré par des exemples controversés comme l'usine Reppie en Éthiopie, fait l'objet de critiques. Des experts soulignent que cette technologie pourrait paradoxalement encourager la production de déchets plutôt que leur réduction. La préférence est désormais donnée à la digestion anaérobie, capable de générer du biogaz et du compost organique. Cette approche, jugée plus vertueuse, s'inscrit dans une tendance continentale plus large où des pays comme le Kenya, le Nigeria ou le Rwanda renforcent leurs politiques de responsabilité élargie des producteurs et de lutte contre les plastiques à usage unique.
L'urgence de la cuisson propre
Au-delà de la production d'électricité, la valorisation des déchets organiques pour produire du méthane devient une solution clé pour la cuisson propre. Face à une population dont les trois quarts n'ont pas accès à des moyens de cuisson durables, plusieurs États multiplient les mesures incitatives. Le Kenya a supprimé la TVA sur le bioéthanol, le Nigeria a exonéré le biogaz de taxes, tandis que la Tanzanie et l'Ouganda ont levé les droits de douane sur les équipements économes, marquant une volonté politique forte de transformer les déchets en un atout pour le quotidien des citoyens.