La nomination de juges en vacation pour accélérer des procès sensibles au Ghana ravive les tensions politiques. Deux avocats de l’opposition, Godfred Dame et Atta Akyea, dénoncent une sélection biaisée des affaires, alimentant les soupçons de manipulation judiciaire.
Un système judiciaire sous pression politique
Les pétitions déposées par deux figures de l’opposition contre le Chief Justice visent des juges désignés pour siéger pendant la vacation judiciaire. Ces derniers traitent des affaires impliquant d’anciens responsables du parti au pouvoir, le NPP, dont les noms circulent dans des scandales de corruption. Les avocats dénoncent une concentration des procès sur ces dossiers, créant l’impression d’une justice à deux vitesses. Les critiques s’appuient sur des déclarations anonymes et des interprétations politiques, renforcées par le contexte de l’arrivée récente du Chief Justice, nommé par le président en exercice.
Les accusations de partialité s’inscrivent dans un climat de défiance envers les institutions, où les stratégies de ralentissement judiciaire sont perçues comme des tactiques pour influencer l’issue des affaires avant les prochaines élections. Certains observateurs évoquent des parallèles avec des pratiques footballistiques nord-africaines, où les équipes en tête retardent le jeu pour préserver leur avantage.
Vacation judiciaire : entre nécessité et instrumentalisation
Contrairement aux allégations, les warrants signés par le Chief Justice ne ciblent pas uniquement deux ou sept affaires, mais autorisent 26 juges à siéger dans huit régions du pays. Ces magistrats traitent des centaines de dossiers, dont des motions et procédures d’urgence, en plus des affaires en cours. Leur mission inclut également la prise en charge des motions des tribunaux dont les juges sont en vacation, une pratique courante pour éviter l’engorgement du système.
Les détracteurs de cette mesure soulignent que la lenteur de la justice ghanéenne ne peut se permettre des pauses prolongées. Sans procès pendant la vacation, des affaires comme celles impliquant d’anciens hauts responsables pourraient être reportées jusqu’à la fin de l’année, offrant un répit aux accusés. Cette situation alimente les craintes d’une justice sélective, où les délais deviennent des outils politiques.
Face à ces controverses, des voix indépendantes, dont des avocats, appellent à une clarification des règles encadrant les vacation judiciaires. L’enjeu dépasse le cadre de ces deux affaires : il s’agit de préserver l’efficacité du système judiciaire, où les traditions ne doivent pas primer sur l’impératif de célérité. La codification des pratiques pourrait mettre fin aux interprétations partisanes et renforcer la confiance dans les institutions.