Vacances présidentielles au Nigeria : le débat constitutionnel sur le transfert de pouvoir

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 36 lectures
Vacances présidentielles au Nigeria : le débat constitutionnel sur le transfert de pouvoir

Le départ du président nigérian Bola Tinubu pour un séjour de trois semaines en Europe a ravivé les interrogations sur la gestion de l'intérim à la tête de l'État. L'absence de confirmation officielle quant à la transmission d'une déclaration écrite au Parlement, conformément à l'article 145 de la Constitution, place le pays au cœur d'un débat juridique sur les modalités du transfert de pouvoir.

L'obligation constitutionnelle en question

L'article 145(1) de la Constitution nigériane stipule que le président doit informer par écrit le président du Sénat et le président de la Chambre des représentants lorsqu'il s'absente pour des vacances ou est dans l'incapacité d'exercer ses fonctions. Cette procédure déclenche automatiquement l'intérim par le vice-président. À ce jour, les autorités n'ont pas confirmé si cette formalité a été accomplie, le porte-parole de la présidence se limitant à évoquer des « vacances de travail » sans préciser le statut juridique du vice-président Kashim Shettima durant cette période.

Interprétations juridiques divergentes

La controverse repose sur l'articulation entre les deux volets de l'article 145. Certains juristes soutiennent que l'alinéa (1) impose une obligation immédiate et impérative de notification dès le départ du chef de l'État. À l'inverse, d'autres experts estiment que l'alinéa (2), qui mentionne un délai de 21 jours avant une intervention du Parlement, offre une marge de manœuvre permettant au président de s'absenter sans transfert formel de pouvoir, tant que la durée du séjour ne dépasse pas ce seuil.

Un changement de pratique institutionnelle

Depuis son investiture en mai 2023, le président Tinubu n'a jamais officiellement transféré ses pouvoirs à son vice-président lors de ses déplacements à l'étranger, une approche qui marque une rupture avec les pratiques de son prédécesseur, Muhammadu Buhari. Ce dernier avait régulièrement notifié le Parlement lors de ses congés ou absences pour raisons médicales, permettant ainsi une transition formelle de l'autorité. Cette nouvelle posture soulève des questions sur la continuité de l'État, rappelant par contraste la crise constitutionnelle de 2010, où le Parlement avait dû invoquer la « doctrine de nécessité » pour nommer Goodluck Jonathan président par intérim, en l'absence de communication officielle du président Umaru Yar'Adua alors gravement malade.

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