Usines sud-africaines en crise après l’exode des travailleurs migrants

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 46 lectures
Usines sud-africaines en crise après l’exode des travailleurs migrants

L’exode massif de travailleurs migrants, déclenché par des violences xénophobes, plonge l’industrie textile sud-africaine dans une crise sans précédent. Des centaines de postes vacants, des compétences rares et des salaires jugés insuffisants menacent la survie de nombreux ateliers, déjà fragilisés par des commandes en baisse.

Un secteur en tension après les violences xénophobes

Dans la ville industrielle de Newcastle, dans la province du KwaZulu-Natal, des centaines de machines à coudre restent silencieuses. Les usines de confection, qui employaient une main-d’œuvre étrangère majoritairement venue d’Eswatini et du Lesotho, peinent à recruter des locaux pour combler les postes laissés vacants. Selon les propriétaires interrogés, entre 12 % et 19 % des effectifs ont quitté les ateliers après les violences xénophobes de juin, privant les entreprises de compétences techniques difficiles à remplacer. Les migrants occupaient des postes que les Sud-Africains délaissent, notamment en raison de salaires au rendement souvent inférieurs au SMIC national de 30,23 rands (1,83 dollar) de l’heure.

Les tentatives de formation de travailleurs locaux se heurtent à des contraintes financières. Certains employeurs, comme Ronghua Yan, ont lancé des programmes de formation pour sept employés, mais sans pouvoir étendre l’initiative. Le syndicat des travailleurs du textile estime que 15 % des 15 000 emplois du secteur ont disparu à Newcastle. Pourtant, les responsables syndicaux contestent l’idée d’une pénurie de compétences, pointant plutôt des conditions de travail et des rémunérations jugées insuffisantes par les locaux.

Salaires bas et commandes en chute libre : l’industrie au bord du gouffre

L’industrie textile, pilier économique de Newcastle et cible des politiques de substitution aux importations, subit de plein fouet la double crise des coûts et de la demande. Les propriétaires d’usines, majoritairement d’origine chinoise, peinent à augmenter les salaires, les marges étant squeezées par des prix de vente dérisoires : un jean se vend à partir de 11,50 rands, et un t-shirt à moins de la moitié. Les inspections gouvernementales de février, révélant des pratiques illégales dans certaines usines, ont encore réduit les commandes, aggravant les difficultés financières. Certains ateliers, comme celui d’Alex Liu, fonctionnent à perte et envisagent une fermeture d’ici décembre si la situation ne s’améliore pas.

Les analystes soulignent que la revitalisation du secteur passera nécessairement par une intervention publique : revalorisation des salaires, amélioration des conditions de travail et incitations à l’embauche. Sans cela, le risque est double : la disparition d’emplois locaux et l’effondrement d’un secteur déjà en déclin. Les prochains mois s’annoncent décisifs pour l’avenir de milliers de travailleurs sud-africains.

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