La réintroduction de l'acétamipride, un insecticide néonicotinoïde, au cœur de la loi d'urgence agricole, s'impose comme un sujet clivant de la campagne présidentielle. Alors que cette substance est autorisée au niveau européen jusqu'en 2033, son usage en France reste au centre d'un arbitrage complexe entre impératifs de compétitivité agricole et enjeux de santé publique et de biodiversité.
Une ligne de fracture marquée à gauche
Les candidats de gauche affichent une opposition ferme à l'utilisation de cette molécule. Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Marine Tondelier (Les Écologistes) privilégient une interdiction stricte, invoquant les risques pour les écosystèmes et la santé humaine. Le mouvement insoumis a d'ailleurs annoncé son intention de déposer une proposition de loi visant à abroger les dérogations actuelles. De leur côté, Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, figures du Parti socialiste, soutiennent également une interdiction totale, critiquant le manque de considération pour la protection du vivant dans les récentes décisions législatives.
Le choix du statu quo pour le centre et la droite
À l'inverse, plusieurs candidats défendent le maintien des dérogations validées par le Conseil constitutionnel. Gabriel Attal, Édouard Philippe et Bruno Retailleau justifient cette position par la nécessité d'assurer une concurrence loyale avec les autres pays de l'Union européenne où l'acétamipride est autorisé. Pour ces responsables politiques, il s'agit d'éviter de pénaliser les agriculteurs français en les privant d'outils de production homologués chez leurs voisins, tout en s'appuyant sur les avis de l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses).
La position radicale de Reconquête
Le parti Reconquête, représenté par Éric Zemmour, adopte une posture plus offensive. Ses représentants considèrent les dérogations actuelles comme un « moindre mal » et plaident pour une autorisation pleine et entière de la molécule. Ils estiment que l'interdiction française initiale a placé les exploitants nationaux dans une situation de handicap commercial face aux producteurs allemands, belges ou néerlandais, et réclament une harmonisation par le haut des pratiques agricoles au sein du marché européen.
Un enjeu de souveraineté et de santé
La controverse sur l'acétamipride illustre la difficulté de concilier les normes environnementales nationales avec les règles du marché unique. Si le cadre légal actuel permet une utilisation encadrée et temporaire pour certaines filières, le débat reste ouvert. Les programmes officiels des candidats, attendus à l'automne, devraient préciser si cette question sera traitée par une nouvelle réforme législative ou par le maintien du dispositif dérogatoire actuel.