Urbanisme au Sénégal : l'urgence de rompre avec la gestion des inondations par le rattrapage

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 18 lectures
Urbanisme au Sénégal : l'urgence de rompre avec la gestion des inondations par le rattrapage

La récurrence des inondations au Sénégal n'est pas une fatalité climatique, mais le résultat direct de décennies de carences dans la planification urbaine. Le géographe Cheikh Guèye, expert auprès d'ENDA Tiers Monde, appelle à un changement de paradigme immédiat pour passer d'une logique de correction coûteuse à une stratégie de prévention rigoureuse.

Les racines structurelles d'une vulnérabilité chronique

Si la géographie de Dakar, caractérisée par sa configuration en presqu'île et ses zones de cuvettes, constitue un défi naturel, l'ampleur des dégâts actuels découle d'une gestion défaillante. Depuis les années 1970, l'absence de respect des plans d'occupation des sols, couplée à des phénomènes de corruption et de népotisme dans l'attribution des permis de construire, a favorisé une urbanisation anarchique. Cette densification extrême, atteignant parfois 50 000 habitants par kilomètre carré dans certaines périphéries, a rendu les populations particulièrement exposées aux aléas climatiques et à l'imperméabilisation des sols.

Le piège de l'urbanisme de rattrapage

Le pays est aujourd'hui prisonnier d'un cycle de « correction » permanente. Les programmes d'urgence, tels que le PROGEP, bien qu'indispensables pour atténuer la détresse des populations précaires — dont 80 % disposent de revenus inférieurs à 100 000 F CFA mensuels — restent insuffisants face à l'ampleur des besoins. Ces investissements, bien que nécessaires, ne traitent que les symptômes. Le risque majeur réside dans la pérennisation de cette approche : en se concentrant sur la réparation des zones sinistrées, l'État néglige la régulation des nouveaux fronts d'urbanisation, créant ainsi les « inondés du futur ».

La menace sur les nouveaux pôles urbains

Le développement rapide de zones comme Diamniadio, le Lac Rose ou le triangle Dakar-Thiès-Mbour reproduit les erreurs du passé. Les promoteurs immobiliers et les coopératives d'habitat, mus par une urgence de logement, font souvent l'impasse sur les infrastructures d'assainissement, jugées trop onéreuses. Cette dynamique est aggravée par une coordination défaillante entre les services étatiques et une faiblesse des capacités techniques des autorités décentralisées, pourtant dépositaires de compétences clés en matière d'aménagement du territoire.

Le défi spécifique de Touba

La ville de Touba illustre parfaitement ces enjeux. Confrontée à une croissance démographique massive, la cité religieuse subit les conséquences d'un lotissement intensif non accompagné d'investissements structurels en assainissement. Alors que les prochaines éditions du Magal se dérouleront durant l'hivernage, la mobilisation sociale, portée par des initiatives comme « Touba Ca Kanam », doit impérativement s'articuler avec une stratégie étatique cohérente. L'élaboration d'un plan directeur d'assainissement unique, couvrant l'agglomération et ses extensions, apparaît comme la condition sine qua non pour éviter que les solutions techniques locales ne déplacent simplement le problème vers d'autres quartiers.

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