La recherche du Dr Ambelem Tangyie Aya-Nwi, récompensée par la Dschang School of Arts and Social Sciences, met en lumière une fracture majeure dans le système de santé camerounais. En s'appuyant sur quatre années d'enquête, l'étude démontre que l'usage exclusif du français et de l'anglais dans les campagnes de santé publique marginalise 60 % de la population.
Une barrière linguistique au cœur des soins
L'analyse sociolinguistique menée par le chercheur, sous la direction du Pr Emmanuel Nforbi, révèle que le modèle de communication sanitaire actuel est inadapté aux réalités du terrain. En se concentrant sur les villes de Dschang, Bamenda et Douala, l'étude souligne que l'identité culturelle demeure le principal levier de confiance des citoyens envers le système de santé. Faute de messages traduits ou adaptés aux langues locales, les populations, particulièrement en zone rurale, se détournent des canaux officiels pour se tourner vers leur entourage immédiat, famille et amis, comme source d'information sanitaire prioritaire.
L'impact des crises sur la diffusion de l'information
La recherche s'est appuyée sur un échantillon de 500 questionnaires et 100 entretiens, couvrant des périodes critiques telles que la crise anglophone et la pandémie de Covid-19. Ces contextes ont exacerbé les failles d'un système de santé qui, selon le Dr Ambelem Tangyie Aya-Nwi, peine à intégrer les spécificités culturelles dans ses protocoles. Ce constat pointe une défaillance politique : l'uniformisation des messages nationaux, loin d'être un gage d'efficacité, devient un vecteur d'exclusion qui fragilise la réponse sanitaire globale du pays.
Vers une refonte des politiques publiques
Face à ce constat, le chercheur propose une transformation radicale de la communication publique. Il préconise l'abandon des messages nationaux uniformes au profit d'approches identitaires délocalisées, mieux ancrées dans les réalités locales. Cette stratégie inclut également la nécessité d'intégrer la médecine traditionnelle africaine dans les circuits de recherche et de soins. En plaçant la résolution des conflits et la décentralisation au centre de la stratégie de communication, cette thèse offre une feuille de route pour améliorer l'accès aux soins et renforcer la confiance des citoyens envers les institutions sanitaires camerounaises.