Une procédure de divorce engagée devant la Cour supérieure de la Charia à Kaduna, au Nigeria, dépasse désormais le cadre privé pour devenir une affaire judiciaire complexe. Ce litige, opposant Khadija Diab, ressortissante marocaine, à son époux Nasiru Idris, soulève des questions graves sur les violences conjugales, la liberté de mouvement et l'impartialité des institutions judiciaires locales.
Des accusations de violences et d'abus
Dans sa requête déposée en juin 2025 via l'organisation Women Aware of Rights Initiative (WARI), Mme Diab sollicite la dissolution de son union. Elle invoque des faits de violences physiques et émotionnelles, ainsi que des pratiques sexuelles imposées contraires à ses convictions. L'épouse dénonce également une privation de liberté, affirmant que son mari a confisqué son passeport pour l'empêcher de quitter le territoire nigérian, et l'accuse de négligence financière et de dissimulation d'informations sur son passé marital avant leur union.
Le rôle contesté de l'imam Ahmad Gumi
Au cœur de la tourmente, l'imam Ahmad Gumi est accusé par M. Idris d'avoir « enlevé » son épouse. Le religieux rejette fermement ces allégations, expliquant que Mme Diab a sollicité l'asile à son domicile — où réside également son épouse marocaine — pour échapper aux violences domestiques. L'imam, qui fait lui-même l'objet d'une plainte pour diffamation de la part de M. Idris, soutient que son intervention visait uniquement à offrir un refuge à une femme en détresse, conformément à ses liens avec la communauté marocaine locale.
Tensions autour de l'appareil judiciaire
L'affaire met en exergue des tensions au sein du système judiciaire de Kaduna. L'imam Gumi dénonce une instrumentalisation de la justice par M. Idris, affirmant que ce dernier exploite des connexions personnelles avec certains magistrats pour retarder l'issue du divorce. Le religieux pointe du doigt une possible partialité liée à des rivalités entre courants islamiques, suggérant que les juges en charge du dossier pourraient agir par animosité envers lui. De son côté, Mme Diab réclame, outre la dissolution de son mariage, la restitution de ses effets personnels et la liberté de retourner dans son pays d'origine, invoquant la protection de ses droits fondamentaux et de sa dignité.