Une enquête menée par la société américaine Anthropic a mis en lumière l'utilisation détournée de son outil d'intelligence artificielle, Claude, pour orchestrer une campagne de désinformation au Kenya. Cette opération visait à simuler un soutien populaire spontané en faveur du ministre de l'Énergie, Opiyo Wandayi, tout en discréditant des figures de l'opposition dans la perspective des élections générales de 2027.
Une stratégie de simulation de l'opinion publique
L'opérateur, identifié comme agissant au niveau local, a utilisé Claude pour générer des séries de 50 tweets à la fois, avec des instructions précises pour masquer le caractère coordonné de la campagne. Les messages, relayés via les hashtags #PowerReliefKE et #PoweringTheNewKenya, vantaient notamment l'action du ministre Opiyo Wandayi concernant le gel d'une hausse des tarifs de l'électricité. Parallèlement, le réseau diffusait des contenus visant à fragiliser la coalition d'opposition, ciblant nommément l'ancien président Uhuru Kenyatta et le responsable politique Rigathi Gachagua.
Portée limitée et absence de lien gouvernemental
Bien que la structure de la campagne ait été hautement organisée, l'analyse d'Anthropic, classée en « catégorie un » sur son échelle d'impact, indique que l'opération est restée confinée à un réseau restreint de faux comptes et d'influenceurs locaux. L'étude conclut que ces messages n'ont pas réussi à influencer l'opinion publique réelle. Par ailleurs, l'enquête n'a établi aucun lien direct entre cette activité et le gouvernement kényan, qualifiant l'initiative d'opération purement domestique.
Des méthodes hybrides entre politique et marketing
L'investigation a également révélé que le même flux de travail automatisé était employé à des fins commerciales. L'opérateur, opérant sous des pseudonymes tels que « SHANKI » ou « Elkins Marketer », utilisait les mêmes techniques d'IA pour promouvoir des marques de détail locales. Ce constat souligne une porosité croissante entre les pratiques de marketing d'influence rémunéré et les campagnes de manipulation politique numérique, où les mêmes outils sont mobilisés pour façonner des narratifs, qu'ils soient de nature électorale ou promotionnelle.