Le dossier de l'Agence Sénégalaise d'Électrification Rurale (ASER) connaît un nouveau rebondissement avec la publication, par le député Thierno Alassane Sall, d'une note confidentielle datée du 26 août 2024. Ce document, signé par l'ancien ministre de l'Énergie Birame Souleye Diop, contredit les déclarations publiques d'Ousmane Sonko, qui avait nié l'existence de toute irrégularité dans la gestion de ce projet d'envergure.
Les zones d'ombre sur l'avance de 37 milliards
Au cœur de la controverse figure une avance de démarrage de 37 milliards de FCFA, débloquée en juin 2024 pour le programme d'électrification rurale attribué à l'entreprise AEE Power. La note révélée par Thierno Alassane Sall suggère que le Premier ministre de l'époque aurait été informé, avant même l'alerte officielle de la banque espagnole Santander en septembre 2024, de l'utilisation détournée d'une partie de ces fonds. Selon les éléments avancés, une fraction de cette somme aurait été indûment affectée au paiement de primes au sein de la Société nationale d'assainissement (SONAC).
La confrontation des versions officielles
Thierno Alassane Sall dénonce ce qu'il qualifie de « mensonge d'État », en opposition directe avec les assurances données par Ousmane Sonko lors d'un meeting au Dakar Arena, où ce dernier avait affirmé qu'il n'existait « zéro scandale ASER ». Le député accuse l'ancien chef du gouvernement d'avoir sciemment entretenu une omerta sur le dossier et d'avoir protégé la gestion de Jean Michel Sène, alors directeur général de l'agence. Cette divergence de discours soulève des interrogations sur la transparence de l'exécutif face aux alertes financières.
Les suites judiciaires au Sénégal et en Espagne
L'affaire a pris une dimension internationale et judiciaire significative. Une plainte a été déposée en Espagne en janvier 2025, suivie de l'ouverture d'une procédure en février 2026. Parallèlement, au Sénégal, Thierno Alassane Sall a saisi le Pôle Judiciaire Financier en octobre 2025, une démarche ayant donné lieu à une longue audition. Le député estime que les nouveaux éléments documentaires pourraient renforcer la qualification juridique d'« association de malfaiteurs » dans le cadre de l'enquête en cours. Ce dossier complexe s'inscrit dans un contexte politique tendu, marqué par le limogeage d'Ousmane Sonko de ses fonctions de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye en mai 2026.