Une récente décision religieuse émise par le rabbin Dov Lior, figure influente du mouvement sioniste religieux, autorise les colons israéliens à s'approprier les récoltes d'olives des agriculteurs palestiniens en Cisjordanie. Cette prise de position, qui qualifie le vol de « vertu » pour affirmer une souveraineté territoriale, survient dans un contexte de recrudescence des violences et d'attaques contre les exploitants agricoles, à quelques semaines des élections israéliennes.
Une légitimation religieuse du vol
Le rabbin Dov Lior justifie cette directive en affirmant que les terres palestiniennes appartiennent historiquement au peuple juif. Selon son interprétation, les propriétaires palestiniens, empêchés d'accéder à leurs vergers par des restrictions militaires, auraient déjà été « suffisamment compensés » par les récoltes passées. En encourageant les colons à s'emparer des olives, Lior appelle à une démonstration publique de possession territoriale, s'appuyant sur une lecture radicale de textes bibliques pour contester la propriété foncière arabe.
Escalade des violences sur le terrain
Cette injonction coïncide avec une multiplication des agressions contre les agriculteurs palestiniens en pleine saison de récolte. Le bilan récent fait état d'au moins 19 blessés lors de 34 incidents distincts impliquant des colons et l'armée israélienne. Outre les violences physiques, des véhicules ont été incendiés et des journalistes étrangers pris à partie. Ces exactions, bien que récurrentes, atteignent un seuil critique, alors que de nombreux fermiers se voient interdire l'accès à leurs terres par des mesures de sécurité imposées par l'État.
Divergences et enjeux politiques
La sortie du rabbin Lior a suscité une levée de boucliers au sein même de certaines instances religieuses. L'organisation Tzohar, regroupant 800 rabbins orthodoxes, a dénoncé un acte de « vol » et de « blasphème », rappelant que seule l'autorité étatique est habilitée à confisquer des biens. Toutefois, des analystes politiques soulignent que ces critiques pourraient être tactiques : le gouvernement chercherait à isoler ces actes en les attribuant à des groupes marginaux comme les « jeunes des collines », afin de préserver une image de respectabilité des colonies.
L'influence du courant radical
Le poids politique de Dov Lior reste prépondérant, notamment auprès du parti d'extrême droite Otzma Yehudit, dirigé par le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir. Pour les observateurs, cette rhétorique s'inscrit dans un « marché de l'extrémisme » où les figures politiques exploitent les tensions sociales pour capter un électorat radicalisé. Cette instrumentalisation du religieux à des fins électorales inquiète les oppositions, à l'instar du député Gilad Kariv, qui accuse ces leaders de précipiter le pays dans une crise morale profonde.