Une étude menée par des géographes italiens met en lumière une tendance mondiale inattendue : les sols de la planète ont enregistré une augmentation moyenne de 0,5 % de leur teneur en carbone par an entre 1985 et 2023. Cette progression, révélée par l'analyse croisée de 600 000 profils de sols via l'apprentissage automatique, offre un nouvel outil de pilotage pour les politiques de gestion des terres et de lutte contre la dégradation des sols.
Des dynamiques régionales contrastées
La cartographie, d'une résolution précise de 250 mètres, révèle des disparités géographiques marquées. En Asie, notamment en Inde et en Chine, ainsi que dans les zones montagneuses, le stockage de carbone progresse. En Inde, cette amélioration est attribuée aux pratiques agricoles, telles que l'irrigation et la rotation des cultures incluant des légumineuses. À l'inverse, des zones comme Madagascar affichent un bilan négatif, conséquence directe de la déforestation et de l'agriculture sur brûlis qui accentuent l'érosion.
L'impact des politiques de reforestation et du climat
Le continent africain illustre également ces contrastes. Une vaste bande traversant le Sahel montre un bilan positif, fruit des efforts de reforestation déployés depuis les années 1990, qui renforcent la fertilité des sols. En Europe, les causes de l'enrichissement en carbone varient : si la France affiche une stabilité, l'Espagne bénéficie du retour de la végétation lié au dépeuplement rural, tandis que la Turquie enregistre des gains grâce à ses programmes nationaux de plantation d'arbres.
Le changement climatique, entre opportunité et risque
En haute altitude, le réchauffement climatique stimule temporairement la croissance végétale, favorisant le stockage de carbone. Toutefois, cette dynamique comporte des risques majeurs. Dans le nord-ouest de la Russie, le dégel du pergélisol transforme des tourbières autrefois riches en carbone en zones d'émission, inversant le bilan local. Ces observations soulignent la complexité des interactions entre les usages des terres et les évolutions climatiques.
Un outil pour la gestion des sols
Au-delà du chiffre global, la valeur de cette recherche réside dans sa capacité à cartographier précisément l'impact des activités humaines sur la santé des sols. En combinant des mesures locales et des données satellites, cette cartographie permet désormais aux décideurs d'identifier les zones où les stratégies de restauration des sols portent leurs fruits et celles où, au contraire, les pratiques actuelles menacent la capacité de stockage de carbone à long terme.