Une investigation technique a mis en lumière une vaste opération de manipulation de données visant à gonfler l'audience d'un film israélien, conçu pour répondre au documentaire primé NAZA. Alors que les autorités israéliennes ont officiellement relayé le chiffre de 44 millions de vues, les analyses indépendantes révèlent une réalité numérique bien plus modeste et une mise en scène orchestrée.
La genèse d'une contre-offensive numérique
Le documentaire original, NAZA, a suscité une vive controverse en Israël en s'appuyant sur les témoignages de 24 lanceurs d'alerte militaires dénonçant l'usage de systèmes d'intelligence artificielle pour cibler des civils à Gaza. Face à son succès international et à sa réception critique, notamment au Festival de Venise, des opposants ont rapidement lancé une production concurrente. Dès le 16 septembre, le domaine nazadocumentary.com a été enregistré, utilisant initialement une interface imitant le site officiel du film original avant de pivoter vers une rhétorique de contre-propagande.
Des métriques d'audience artificielles
Si le site du contre-film affichait plus de 43 millions de vues à la mi-octobre, les données réelles contredisent radicalement ce succès. Sur la plateforme YouTube, le film ne cumulait qu'environ 130 000 vues, tandis que les outils d'analyse de trafic comme Semrush et Similarweb situaient la fréquentation du site à des niveaux bien inférieurs. L'examen du code source du site a révélé un mécanisme de compteur factice, programmé pour afficher une progression artificielle dès l'ouverture de la page, sans lien avec une quelconque réalité statistique.
L'institutionnalisation d'une donnée fabriquée
Malgré l'absence de fondement technique, ce chiffre de 44 millions a été repris par des canaux officiels. L'ambassade d'Israël à Washington a activement promu le contenu, et la direction de la diplomatie publique israélienne a officiellement distingué les créateurs du film pour leur travail. En validant ces statistiques erronées, les autorités ont transformé une manœuvre numérique isolée en un argument politique, illustrant les tensions informationnelles intenses qui entourent la couverture médiatique du conflit à Gaza.