L'Observatoire de la e‑santé dans les pays du Sud (Odess) a célébré le 15 octobre 2026 ses dix ans d'activité, marquant une décennie d'efforts pour recenser et soutenir les projets de santé numérique en Afrique et en Asie. Si les technologies ont progressé, le professeur Cheikh Oumar Bagayoko, directeur de Digi‑santé Mali, rappelle que l'adoption de l'intelligence artificielle reste souvent déconnectée des besoins concrets des patients et des professionnels.
Odess : dix ans d’observation et d’appui aux projets numériques
Créé pour cartographier les initiatives de santé digitale, l'Observatoire a constitué une base de données régionale qui permet aux décideurs de suivre l'évolution des solutions technologiques. Au fil des années, il a accompagné des programmes allant de la télémédecine rurale aux plateformes de suivi des dossiers patients, tout en évaluant leur impact réel sur les systèmes de santé.
Progrès technologiques versus réalités du terrain
Les avancées, notamment l'intégration de l'intelligence artificielle pour le diagnostic précoce ou la gestion des stocks de médicaments, sont indéniables. Cependant, Bagayoko souligne que ces innovations peinent à répondre aux contraintes locales : manque d'infrastructures, faible connectivité et formation insuffisante du personnel médical. Le fossé entre la promesse technologique et l’usage quotidien limite l’efficacité des projets soutenus par Odess.
Digitaliser le système de soins : une priorité pour le Mali et la sous‑région
Selon le directeur de Digi‑santé Mali, la digitalisation doit d'abord viser la structuration des dossiers patients et la création d'interfaces simples pour les praticiens. Il plaide pour une approche centrée sur les besoins des usagers, où l'IA sert de complément et non de substitut aux compétences humaines. Une telle orientation, estime‑il, favoriserait l'appropriation des outils numériques et améliorerait la qualité des soins dans les zones rurales.
Perspectives et défis à venir
Le prochain défi pour Odess consiste à renforcer la coopération entre les gouvernements, les universités et le secteur privé afin de financer des infrastructures fiables et de former une nouvelle génération de spécialistes en e‑santé. Le professeur Bagayoko appelle également à une meilleure harmonisation des politiques publiques, afin que les projets numériques s’inscrivent dans une stratégie nationale de santé digitale, garantissant ainsi une utilisation durable et adaptée aux réalités du continent.