Une affaire judiciaire contre une infirmière ghanéenne soulève des questions sur la liberté d'expression

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 43 lectures
Une affaire judiciaire contre une infirmière ghanéenne soulève des questions sur la liberté d'expression

L'arrestation et la mise en examen de Salomey Awiti Baffoe, une infirmière de 40 ans originaire de Techiman, provoquent une vive controverse au Ghana. Accusée par les autorités de complicité dans la diffusion de fausses nouvelles via le compte TikTok « Ghana Jollof », cette affaire soulève des interrogations majeures sur l'impartialité de la justice et le respect des libertés publiques.

Les accusations portées par le parquet

Salomey Awiti Baffoe a été interpellée le 13 septembre à son domicile de Hansua avant d'être présentée devant le tribunal de circuit d'Adentan, à Accra. Selon les éléments avancés par l'accusation, l'infirmière aurait agi comme un relais pour la responsable du compte « Ghana Jollof », basée au Royaume-Uni. Les autorités soutiennent qu'elle aurait recruté des tiers pour redistribuer des contenus vidéo et aurait reçu des fonds destinés à rémunérer ces activités de diffusion. Inculpée pour complicité de crime en vertu de la loi sur les infractions pénales de 1960, Mme Baffoe a plaidé non coupable.

Une affaire aux relents politiques

Barbara Asantewaa Kodua, la créatrice du compte « Ghana Jollof », dénonce une « persécution politique » visant à intimider l'infirmière en raison des activités politiques de son époux, cadre au sein de la branche américaine du NPP. Mme Kodua conteste formellement les faits, affirmant que Mme Baffoe n'est pas une utilisatrice active des réseaux sociaux et qu'elle n'entretient aucun lien personnel avec elle. Elle souligne également une incohérence dans la procédure : les charges initiales, qui évoquaient une tentative de coup d'État, ont été requalifiées en diffusion de fausses informations lors de la comparution devant le juge.

Débat sur l'équité du traitement judiciaire

Au-delà du cas individuel, cette affaire relance le débat sur l'application sélective de la loi au Ghana. Barbara Asantewaa Kodua s'interroge sur le traitement réservé à d'autres figures publiques ou commentateurs politiques dont les propos, parfois virulents, n'ont pas suscité de poursuites similaires de la part des agences de sécurité. La défense pointe également du doigt les conditions de l'arrestation, dénonçant une atteinte aux droits fondamentaux de cette mère de trois enfants, dont la famille aurait été tenue dans l'ignorance de son lieu de détention initial.

Un point de vigilance sur les libertés

Alors que l'instruction se poursuit, l'enjeu pour la société civile ghanéenne réside dans la capacité de la justice à démontrer la matérialité des preuves contre Mme Baffoe, notamment sur son implication réelle dans la circulation des contenus incriminés. La question de savoir si cette procédure constitue une réponse proportionnée à une infraction numérique ou une manœuvre visant à museler des voix critiques reste, pour l'heure, au cœur des préoccupations des observateurs locaux.

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