Un rapporteur spécial des Nations unies a exprimé de vives inquiétudes concernant le traitement réservé à douze militants de Greenpeace, interpellés en octobre 2024 après une intrusion dans la centrale nucléaire de Gravelines. Cette intervention soulève des questions majeures sur la protection des défenseurs de l'environnement face aux procédures pénales et aux demandes d'indemnisation civile.
Des allégations de traitements dégradants en garde à vue
Dans un courrier adressé aux autorités françaises, Michel Forst, rapporteur spécial sur les défenseurs de l'environnement, a relayé des signalements faisant état de traitements abusifs et dégradants subis par les militants lors de leur placement en garde à vue. L'expert onusien souligne que ces allégations, couplées aux mesures de contrôle judiciaire et aux condamnations pénales prononcées le 3 septembre 2025 par le tribunal de Dunkerque, constituent un motif de préoccupation profonde. Il appelle l'État français à garantir que les mesures prises à l'encontre des activistes ne s'apparentent pas à une forme de persécution ou de pénalisation disproportionnée de l'engagement militant.
Le bras de fer financier entre EDF et les militants
Au-delà de la sanction pénale, qui a vu l'ONG condamnée à 30 000 euros d'amende et les militants à des amendes individuelles, une procédure civile cristallise les tensions. L'exploitant de la centrale, EDF, réclame 804 958 euros de dommages-intérêts, une somme jugée « exorbitante » par le rapporteur de l'ONU. Selon ce dernier, une telle exigence financière pourrait avoir pour effet de réduire au silence les voix critiques sur les enjeux de sécurité nucléaire, notamment face aux risques de submersion marine soulevés par les militants dans le cadre du projet d'extension du site.
La position de l'exploitant face aux critiques
De son côté, EDF maintient sa position juridique. Dans une réponse adressée à l'expert indépendant, l'entreprise justifie le montant réclamé par la nécessité de couvrir les préjudices matériels et moraux découlant directement de l'intrusion sur le site industriel. Alors qu'une audience est prévue pour le 17 septembre, ce dossier illustre la complexité des arbitrages entre la sécurisation des infrastructures sensibles et le respect des libertés publiques. Le rapporteur onusien continue de suivre l'évolution de cette procédure, insistant sur la nécessité pour la France de prévenir tout incident futur lié à la gestion de ces militants écologistes.