Une enquête conjointe menée par la Plateforme de protection des lanceurs d'alerte en Afrique (PPLAAF) et l'Anti-Corruption Data Collective met en lumière un système massif de captation de ressources publiques nigérianes. Le rapport identifie 284 propriétés aux États-Unis, évaluées à 271 millions de dollars, acquises par 61 personnalités politiques et responsables de haut rang.
Des transactions opaques facilitées par le cash
Le document souligne une faille majeure dans le système financier américain : 81 % des biens immobiliers recensés, soit 230 propriétés, ont été réglés en liquide sans recours au crédit bancaire. Cette pratique, qui permet d'échapper aux contrôles traditionnels contre le blanchiment d'argent, fait des États-Unis une destination privilégiée pour les flux financiers illicites. La concentration de ces actifs se situe principalement au Texas, en Caroline du Nord, en Californie, en Géorgie et dans le Maryland.
Le secteur sécuritaire au cœur des détournements
L'analyse révèle que les responsables du secteur de la défense et de la sécurité détiennent la part la plus importante de ce patrimoine immobilier, soit 34 % de la valeur totale. Le rapport cite notamment le cas de Sambo Dasuki, ancien conseiller national à la sécurité, accusé d'avoir détourné environ deux milliards de dollars destinés à l'achat d'armes durant la lutte contre l'insurrection jihadiste. Ces fonds auraient servi à financer l'acquisition de biens de luxe, illustrant comment les dépenses sécuritaires opaques ont servi de levier à l'enrichissement personnel.
Une corruption systémique à tous les niveaux de l'État
Au-delà de la sphère sécuritaire, l'enquête démontre une implication transversale des institutions nigérianes. L'exécutif représente 28 % des propriétés identifiées, tandis que les parlementaires et les gouverneurs d'États fédérés possèdent une part significative du portefeuille immobilier. Des responsables de la Compagnie pétrolière nationale (NNPC) sont également mis en cause pour des achats effectués durant l'exercice de leurs fonctions. Cette situation alimente une crise de confiance profonde, le Nigeria occupant le 142e rang sur 182 dans l'Indice de perception de la corruption.
L'appel à une coopération judiciaire transfrontalière
Face à ce constat, les auteurs du rapport pointent la responsabilité des autorités américaines, qui auraient dû détecter l'anomalie de ces transactions en numéraire. L'objectif affiché par la PPLAAF est désormais d'inciter les gouvernements nigérian et américain à engager des procédures judiciaires concrètes. L'enjeu est de taille : il s'agit de récupérer ces actifs pour qu'ils puissent, à terme, bénéficier au développement national et aux populations nigérianes.