Une étude publiée par Avocats sans frontières Canada à Cotonou expose les violences sexuelles et les pressions professionnelles auxquelles sont confrontées les femmes journalistes au Bénin. Ce rapport souligne l'urgence de mettre en place des mécanismes de protection indépendants au sein des rédactions pour garantir la sécurité des professionnelles.
Des violences ancrées dans les rapports hiérarchiques
Le document, qui s'inscrit dans une analyse plus large incluant le Sénégal, met en exergue des témoignages accablants sur les conditions de travail des femmes dans les médias béninois. Les récits recueillis font état de pressions sexuelles exercées par des supérieurs hiérarchiques, allant de sollicitations insistantes à des agressions sexuelles caractérisées. Ces actes sont souvent suivis de mesures de rétorsion immédiates, telles que la rupture abusive de contrats de stage ou l'éviction de missions professionnelles, illustrant un abus de pouvoir systémique.
Le poids des représailles sur la liberté de parole
Au-delà des agressions physiques, le rapport documente une culture de la sanction qui musèle les victimes. Les journalistes interrogées rapportent des mises à l'écart systématiques et des prélèvements arbitraires sur leurs indemnités de déplacement en guise de représailles. Cette précarité professionnelle, couplée à la crainte de perdre son emploi, constitue un frein majeur au signalement des abus, enfermant les victimes dans un cycle de silence imposé par la peur des conséquences sur leur carrière.
Vers des dispositifs de signalement indépendants
Face à ce constat, les auteurs de l'étude préconisent une refonte des politiques internes des entreprises de presse. La recommandation centrale porte sur la création de dispositifs de signalement confidentiels et totalement indépendants de la hiérarchie directe. Ces mesures devraient s'accompagner d'un renforcement de la prévention au sein des rédactions, ainsi que d'un accès facilité à un accompagnement juridique et psychosocial pour les victimes. Ces actions s'inscrivent dans le cadre du projet RÉCIT, soutenu par le gouvernement canadien, qui vise à renforcer les droits civiques au Bénin et au Sénégal jusqu'en 2027.