Un rédacteur adjoint du *Standard Group* a été enlevé mardi soir par des policiers en civil à Gilgil, avant d’être relâché six heures plus tard après une mobilisation nationale. L’incident, marqué par l’absence de signalement officiel et des appels désespérés, soulève des questions sur la protection des journalistes et l’impunité des forces de sécurité.
Un appel désespéré coupé net
Vers 21h20, Alex Kiprotich, rédacteur adjoint du *Standard Group*, contacte en urgence Tom Kipyegon, responsable de la sécurité du média, depuis Gilgil. Sa voix, paniquée, évoque une tentative d’enlèvement par des hommes en uniforme. Le dernier mot entendu est un cri : *« Je suis en train de me faire enlever ! »*. La ligne est coupée. Les tentatives de rappel restent sans réponse, puis son téléphone est éteint. Pendant six heures, Kiprotich disparaît, tandis que son employeur et ses proches tentent de localiser son signalement.
Des agents en civil, des plaques masquées
Selon les témoignages recueillis, les ravisseurs portaient des tenues policières, mais sans identification visible. Aucune plaque de véhicule n’a pu être relevée, et aucun rapport officiel n’a été déposé par les forces de l’ordre. L’absence de trace administrative de l’enlèvement, couplée à l’opacité des circonstances, alimente les suspicions sur l’implication directe ou indirecte d’agents dans cette affaire.
Une mobilisation qui force la libération
La nouvelle de la disparition de Kiprotich se propage rapidement, déclenchant une vague de solidarité au sein de la presse kényane. Des organisations comme le *Media Council of Kenya* et des syndicats de journalistes exigent des explications immédiates. Sous la pression médiatique et politique, les autorités locales finissent par confirmer la libération du journaliste vers 3h du matin, sans fournir d’explications sur les circonstances de son enlèvement ou de sa détention. Kiprotich, visiblement choqué, est transporté dans un hôpital de Gilgil pour un examen médical.
Un précédent inquiétant pour la liberté de la presse
Cet incident s’ajoute à une série d’agressions et d’intimidations contre des journalistes au Kenya, pays classé 102e sur 180 dans le *World Press Freedom Index* 2024. Les violences policières, souvent liées à des couvertures critiques de manifestations ou de corruption, deviennent un sujet de préoccupation majeure pour les défenseurs des droits humains. Sans enquête transparente ni sanctions contre les responsables, le climat de peur persiste, menaçant le travail d’investigation et la liberté d’expression.