Un western mythique, une ombre tragique. Il était une fois dans l’Ouest, chef-d’œuvre de Sergio Leone sorti en 1968, reste l’un des films les plus célébrés de l’histoire du cinéma. Pourtant, derrière ses images devenues cultes se cache un drame humain qui a endeuillé le tournage en Espagne : le suicide de l’acteur Al Mulock, dont la disparition a failli compromettre la réalisation de cette séquence d’ouverture inoubliable.
Les faits essentiels
Al Mulock, acteur canadien, incarne Knuckles dans Il était une fois dans l’Ouest. Son rôle, bien que bref à l’écran, est marqué par une présence forte : il fait partie des trois hommes armés attendant Harmonica (Charles Bronson) dans la célèbre scène de la gare. Mulock avait déjà collaboré avec Sergio Leone dans Le Bon, la Brute et le Truand (1966), où il jouait un pistolero anonyme, et dans d’autres westerns italiens comme Les Cruels ou Le Dernier jour de la colère.
En mai 1968, alors que le tournage est en cours, Mulock se jette d’une fenêtre de son hôtel en Espagne. Grièvement blessé, il est transporté en urgence vers un hôpital, mais meurt avant d’y arriver. Son costume de tournage, un cache-poussière et une veste, est récupéré par l’équipe, qui doit improviser pour terminer la scène de la gare sans lui. Les gros plans de Knuckles sont bien les siens, mais des doublures sont utilisées pour les plans éloignés ou de dos.
Pourquoi c'est important
La disparition de Mulock illustre la fragilité humaine derrière les grands projets artistiques. Son rôle, bien que secondaire, était symboliquement crucial : il incarnait l’une des premières victimes de la vengeance d’Harmonica, un personnage central du récit. La nécessité de terminer la scène malgré son absence a contraint l’équipe à des ajustements techniques, révélant la résilience d’une production face à l’imprévu. Ce drame rappelle aussi que les chefs-d’œuvre du cinéma, souvent perçus comme intouchables, sont le fruit de parcours humains complexes, parfois marqués par des épreuves.
Par ailleurs, la mort de Mulock soulève des questions sur les conditions de travail des acteurs, notamment dans les tournages internationaux des années 1960. Son addiction supposée et la perte récente de sa compagne, l’actrice Steffi Henderson, ont été évoquées comme des facteurs possibles, bien que les circonstances exactes restent floues. Ce contexte ajoute une dimension tragique à la légende du film, souvent réduite à son esthétique ou à ses dialogues.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments restent en suspens concernant les causes de sa mort. Les témoignages de l’époque, comme celui du dialoguiste Mickey Knox, évoquent une possible addiction aux drogues, liée à son séjour en Espagne. D’autres pistes, comme son deuil personnel, n’ont jamais été confirmées. Ces incertitudes invitent à une réflexion sur la santé mentale des artistes, un sujet encore peu abordé à l’époque.
Sur le plan cinématographique, la scène de la gare, bien que terminée, porte la trace de ce drame. L’absence de Mulock dans certaines séquences, compensée par des doublures, pourrait être analysée par les cinéphiles pour déceler des incohérences ou des choix narratifs implicites. Enfin, ce fait divers rappelle que les archives des tournages, souvent négligées, recèlent des histoires humaines qui méritent d’être préservées et étudiées.