Le conseiller économique de Jordan Bardella au Rassemblement national (RN) a choisi de quitter le parti, refusant de défendre des positions qu’il juge incompatibles avec les milieux d’affaires. Une décision qui fragilise la stratégie de normalisation du parti nationaliste à neuf mois de l’élection présidentielle.
Un pont rompu entre le RN et les patrons
François Durvye, polytechnicien de 43 ans et figure du rapprochement entre le RN et les entreprises, a décidé de ne pas participer à la campagne de Marine Le Pen pour 2027. Arrivé au parti en avril 2026 pour incarner cette ouverture économique, il justifie son départ par un désaccord profond avec les orientations défendues par le RN. « Je ne peux pas être le relais de positions en lesquelles je ne crois pas », a-t-il expliqué, selon des sources concordantes. Son départ intervient alors que le Medef organisait ce jeudi un débat avec les candidats à Roland-Garros, symbole de la tentative de séduction des milieux patronaux par le RN.
Marine Le Pen minimise l’impact, mais la perte est réelle
La candidate du RN a tenté de relativiser l’événement en déclarant avoir « souhaité » ce départ et ne pas le « déplorer ». Pourtant, la décision de Durvye représente un coup dur pour le parti. Depuis 2021, ce conseiller spécial jouait un rôle clé dans la stratégie de « dédiabolisation » économique du RN, visant à rassurer les investisseurs et les entrepreneurs. Son départ laisse planer un doute sur la cohérence du discours du parti, alors que Jordan Bardella tente de séduire un électorat modéré tout en maintenant une ligne dure sur les questions sociétales.
Un vide stratégique à combler avant la présidentielle
Avec moins de huit mois avant le scrutin, le RN doit désormais trouver une nouvelle figure capable de porter ce message d’ouverture économique. La perte de Durvye intervient au moment où le parti mise sur une campagne axée sur la crédibilité gestionnaire, après des années de stigmatisation des milieux d’affaires. Les réactions des patrons, souvent méfiants envers le RN, pourraient se durcir si le parti ne parvient pas à clarifier sa position sur des sujets comme la fiscalité ou les relations avec l’Union européenne. Une incertitude qui pourrait peser sur la stratégie électorale de Marine Le Pen.
L’ombre d’un clivage interne au RN
Ce départ met en lumière les tensions persistantes au sein du RN entre une aile libérale, prête à négocier avec les entreprises, et une frange plus radicale, hostile à toute compromission avec le « système ». Durvye, proche de l’aile économique du parti, incarnait cette ligne pragmatique. Son départ pourrait affaiblir la crédibilité du RN auprès des investisseurs, tout en renforçant les critiques de ceux qui accusent le parti de double discours. Une question qui pourrait resurgir lors des débats à venir, alors que la campagne s’accélère.