Alors que la loi du 26 décembre 2023 a acté l'intégration du cannabis médical dans le droit commun français, l'absence de décrets d'application maintient des milliers de malades dans une impasse thérapeutique. Un collectif de 14 associations a adressé une lettre ouverte au Premier ministre pour exiger la mise en œuvre immédiate du dispositif, dénonçant un silence politique qui fragilise la prise en charge de pathologies lourdes.
L'impasse après la fin de l'expérimentation
Lancée en mars 2021, l'expérimentation nationale du cannabis médical a officiellement pris fin le 31 décembre 2024. Si les patients encore inclus dans le protocole bénéficient d'un accès temporaire jusqu'au 1er janvier prochain, le système est à l'arrêt pour les nouveaux entrants depuis mars 2024. Cette situation prive de traitement des personnes souffrant de douleurs neuropathiques réfractaires, d'épilepsies sévères, de symptômes liés à l'oncologie ou nécessitant des soins palliatifs, pour qui les thérapies conventionnelles se sont révélées inefficaces.
Le blocage administratif de la Haute Autorité de Santé
La mise en œuvre concrète du cannabis médical est aujourd'hui suspendue à une décision de la Haute Autorité de Santé (HAS). En raison de l'absence de décrets d'application, l'institution ne peut valider le bien-fondé de la prise en charge de ces médicaments, entraînant le report sine die d'auditions cruciales initialement prévues pour octobre. Ce verrou administratif empêche la transition vers un accès pérenne, alors que les associations espéraient une disponibilité effective des traitements pour janvier 2027.
Un enjeu de santé publique et de dignité
Le collectif souligne que ce débat dépasse le cadre théorique pour concerner environ 100 000 patients potentiels. Pour ces malades, le retard pris par les pouvoirs publics se traduit par une prolongation inutile de souffrances invalidantes. Les associations alertent également sur le risque de basculement vers des circuits clandestins pour les patients en quête de soulagement. Face à ce qu'ils qualifient d'inaction, les représentants des malades réclament la publication urgente des arrêtés nécessaires, soulignant le décalage entre les discours sur les soins palliatifs et la réalité de l'accès aux traitements validés par l'expérience clinique.