La gestion des déchets d'équipements électriques et électroniques (DEEE) représente un défi environnemental majeur, mais aussi une opportunité économique inexploitée. Woulou Somda, chercheur à l'Université Joseph-Ki-Zerbo de Ouagadougou, a franchi une étape décisive en concevant un matériau composite capable d'extraire sélectivement l'or contenu dans ces rebuts technologiques avec une efficacité inédite.
Une solution technologique face aux mines urbaines
Face à l'accumulation mondiale de 62 millions de tonnes de déchets électroniques en 2022, dont moins d'un quart est recyclé, la recherche de solutions de valorisation est devenue une priorité. Ces équipements contiennent des métaux précieux, notamment l'or, dont la concentration peut surpasser celle des gisements miniers traditionnels. Pour répondre à cet enjeu, Woulou Somda a développé le matériau composite Fe-BTC/PpPDA, un solide poreux de type « Metal Organic Framework » (MOF) fonctionnalisé. Ce procédé permet de capter sélectivement l'or présent dans les déchets, transformant ainsi ces rebuts en véritables gisements urbains.
Performance et efficacité du procédé Fe-BTC/PpPDA
Les résultats de ces travaux de recherche démontrent une capacité d'adsorption remarquable de 1 045,8 mg/g, permettant de récupérer 98,01 % de l'or contenu dans les échantillons en seulement 30 minutes. L'innovation réside dans le mécanisme catalytique d'oxydo-réduction induit par les groupes amines du matériau, qui permet d'obtenir directement de l'or métallique d'une pureté de 23,9 carats. Cette méthode simplifie considérablement la chaîne de traitement en s'affranchissant des étapes coûteuses et complexes d'électrolyse et de raffinage industriel.
Perspectives pour l'industrie aurifère burkinabè
Au-delà du traitement des déchets électroniques, cette innovation offre des applications prometteuses pour l'industrie minière. Le matériau pourrait remplacer le charbon actif utilisé dans le procédé traditionnel « Carbon-in-Leach » (CIL). En supprimant plusieurs opérations unitaires, cette technologie pourrait réduire significativement les coûts de production tout en améliorant la qualité du métal extrait. Le jury de thèse, composé d'experts internationaux, a souligné la pertinence de ces travaux pour le Burkina Faso, encourageant une implémentation rapide de cette expertise nationale dans un contexte de volonté d'industrialisation endogène.