Un an après son interpellation à Lomé, la situation de Marguerite Gnakadé, ancienne ministre des Armées et figure critique du pouvoir, demeure marquée par l'opacité judiciaire. Inculpée pour des chefs d'accusation liés à la sûreté de l'État, l'ex-dirigeante fait face à une procédure qui soulève des interrogations sur le respect des droits de la défense.
Des charges lourdes et une instruction au ralenti
Arrêtée le 17 septembre 2025, Marguerite Gnakadé est poursuivie pour trouble aggravé à l'ordre public, appel au soulèvement populaire, incitation de l'armée à la révolte et atteinte à la sûreté nationale. Ces accusations font suite à ses prises de position publiques contre l'exécutif togolais. Selon son conseil, Me Elom Kpadé, le dossier stagne : l'ancienne ministre n'a été entendue sur le fond qu'une seule fois en douze mois, une lenteur que la défense qualifie d'aberration procédurale.
Des conditions de détention sous haute tension
L'accès à l'ancienne ministre, âgée de 64 ans, est strictement limité. Son avocat dénonce l'absence d'information officielle sur son lieu de détention et l'impossibilité de la rencontrer dans un cadre conventionnel. Les échanges ne sont possibles que lors de transferts nocturnes sous escorte au palais de justice. Dans son entourage, on décrit un isolement total : privée de moyens de communication, de lecture ou d'écriture, Mme Gnakadé a entamé une grève de la faim à la fin du mois de juillet pour protester contre ces conditions, après l'arrêt des visites de ses proches.
Un parcours politique singulier
Le cas de Marguerite Gnakadé est d'autant plus scruté qu'il concerne une personnalité ayant occupé des fonctions régaliennes de premier plan. Ancienne dirigeante de la Banque togolaise pour le commerce et l'industrie, elle était devenue en 2020 la première femme à diriger le ministère des Armées au Togo. Évincée du gouvernement en 2022, elle a progressivement basculé dans l'opposition, utilisant les réseaux sociaux pour appeler à une alternance au sommet de l'État. À ce jour, les autorités togolaises n'ont pas réagi aux sollicitations concernant l'évolution de ce dossier judiciaire.