En Tunisie, le discours politique axé sur la souveraineté nationale et l'autosuffisance peine à convaincre une population confrontée à une dégradation tangible de son quotidien. Entre inflation galopante des produits de base et vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement, le fossé se creuse entre les ambitions affichées par les autorités et la réalité économique vécue par les citoyens.
La précarité du panier de la ménagère
Le quotidien des Tunisiens est marqué par une difficulté croissante à accéder aux produits de première nécessité. Les prix des denrées alimentaires, à l'instar des tomates et des piments, atteignent des niveaux jugés exorbitants, souvent sans corrélation avec la qualité des produits. Cette situation dépasse la simple question du pouvoir d'achat : elle interroge la capacité même de l'économie nationale à garantir un approvisionnement stable et abordable, incluant l'accès aux médicaments, à l'eau, à l'électricité et aux carburants.
Vulnérabilité énergétique et dépendance extérieure
La fragilité du système économique est illustrée par la réaction immédiate du marché face à l'annonce d'une grève du transport d'hydrocarbures. La formation de files d'attente devant les stations-service révèle une dépendance structurelle qui contredit les discours sur l'autonomie. Les chiffres de l'Institut national de la statistique confirment cette tendance : le déficit énergétique a atteint 8,9 milliards de dinars sur les huit premiers mois de 2026, représentant la moitié du déficit commercial global. Cette dépendance contraint le pays à un endettement extérieur coûteux, faute de réserves de devises suffisantes pour couvrir les importations essentielles.
Redéfinir la souveraineté par la production
Pour les experts, la véritable souveraineté économique ne peut se limiter à une rhétorique politique. Elle exige une transformation profonde du modèle productif national. Une économie souveraine se mesure à sa capacité à négocier avec l'extérieur en position de force, grâce à une industrie compétitive, une sécurité énergétique assurée et une production alimentaire robuste. À l'heure actuelle, le creusement annuel du déficit commercial de plus de 3 milliards de dinars souligne l'urgence de passer d'une économie de consommation dépendante à un modèle créateur de richesses et d'emplois, capable de résister aux chocs exogènes.