Cinq ans après le coup de force constitutionnel du 25 juillet 2021, la Tunisie voit son système judiciaire s’éloigner des principes d’indépendance, selon une ONG locale. Dans un rapport accablant, l’association Intersection révèle comment les pressions politiques ont transformé la justice en une simple courroie de transmission des décisions présidentielles, sapant les fondements de l’État de droit.
Un système judiciaire sous emprise politique
L’ONG Intersection, spécialisée dans la défense des droits humains, dresse un constat sévère dans son rapport « Au nom du peuple », publié en juillet 2026. Cinq ans après le 25 juillet 2021, elle met en lumière les mécanismes ayant conduit à la soumission progressive de la justice aux volontés du pouvoir exécutif. Les magistrats, autrefois garants de l’équilibre des institutions, se retrouvent désormais contraints d’exécuter des ordres politiques, réduisant leur rôle à une fonction administrative.
Cette évolution s’inscrit dans un contexte où les réformes constitutionnelles et institutionnelles ont été menées sans concertation avec les acteurs judiciaires. Les nominations de hauts magistrats, autrefois encadrées par des instances indépendantes, sont désormais soumises à des critères politiques, affaiblissant la crédibilité de la justice. Les procédures disciplinaires contre les juges critiques du pouvoir se sont multipliées, créant un climat de peur et d’autocensure au sein du corps judiciaire.
Les conséquences d’une justice instrumentalisée
Les répercussions de cette dérive sont multiples. Sur le plan institutionnel, l’indépendance de la justice, pilier de la démocratie, est désormais questionnée. Les observateurs soulignent que cette situation fragilise la confiance des citoyens dans les institutions, déjà érodée par des années de crises politiques et économiques. Les défenseurs des droits humains alertent sur le risque d’un système judiciaire devenu un outil de répression plutôt que de protection des libertés.
À l’échelle régionale, cette évolution en Tunisie pourrait servir de précédent, voire d’avertissement, pour d’autres pays africains engagés dans des transitions démocratiques. La communauté internationale, souvent prompte à critiquer les reculs autoritaires, observe avec attention les développements en Tunisie, où les mécanismes de contrôle démocratique semblent s’effriter. Pour les Tunisiens, la question de la justice indépendante reste un enjeu central, alors que le pays tente de concilier stabilité politique et respect des droits fondamentaux.